LA PARABOLE DE L’IVRAIE
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Matthieu 13.24-30

 

Yves I-Bing Cheng, M.D., M.A.

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Dans la leçon précédente, nous avions fait l’observation que la parabole de la semence qui croît se retrouve seulement dans l’évangile de Marc. D’autres paraboles se caractérisent de la sorte. Ainsi la parabole de l’ivraie n’est rapportée que par Matthieu. Celle-ci fera l’objet de notre étude aujourd’hui. En voici le récit.

 

Matthieu 13.24. Il leur proposa une autre parabole, et il dit : Le royaume des cieux est semblable à un homme qui a semé une bonne semence dans son champ.

25 Mais, pendant que les gens dormaient, son ennemi vint, sema de l’ivraie parmi le blé, et s’en alla.

26 Lorsque l’herbe eut poussé et donné du fruit, l’ivraie parut aussi.

27 Les serviteurs du maître de la maison vinrent lui dire : Seigneur, n’as–tu pas semé une bonne semence dans ton champ ? D’où vient donc qu’il y a de l’ivraie ?

28 Il leur répondit : C’est un ennemi qui a fait cela. Et les serviteurs lui dirent : Veux–tu que nous allions l’arracher ?

29 Non, dit–il, de peur qu’en arrachant l’ivraie, vous ne déraciniez en même temps le blé.

30 Laissez croître ensemble l’un et l’autre jusqu’à la moisson, et, à l’époque de la moisson, je dirai aux moissonneurs: Arrachez d’abord l’ivraie, et liez–la en gerbes pour la brûler, mais amassez le blé dans mon grenier.

 

Cette parabole est expliquée par Jésus dans les versets 36 à 43.

 

Une illustration du royaume des cieux

 

Notons d’abord ce premier point : L’objet de cette parabole est de décrire certains traits concernant le royaume de Dieu. Nous le voyons par la phrase qui introduit l’histoire. Le royaume des cieux est semblable à un homme qui a semé une bonne semence dans son champ. L’expression ‘royaume des cieux’ employée ici par Matthieu correspond au ‘royaume de Dieu’ que nous retrouvons en Marc et en Luc.

 

En quoi consiste ce royaume? Répondant à Pilate lors de son procès, Jésus dit, Mon royaume n’est pas de ce monde (Jean 18.36). La Nouvelle Bible Segond (NBS) a choisi le mot ‘royauté’. Ma royauté n’est pas de ce monde. Là où la royauté de Dieu prévaut, on peut parler du royaume des cieux. Cette parabole a donc pour objet la royauté de Dieu, la sphère du gouvernement de Dieu.

 

Cette royauté divine comporte un aspect qui mérite d’être mentionnée. En Matthieu 21.43, Jésus termine le récit de la parabole des vignerons par une conclusion plutôt troublante. C’est pourquoi, je vous le dis, le royaume de Dieu (ou la royauté de Dieu) vous sera enlevé et sera donné à une nation qui en produira les fruits. Nous apprenons ici que le royaume de Dieu est une entité que Dieu lui-même peut décider de retirer d’une nation pour la donner à une autre. Cette nouvelle nation parmi laquelle le Seigneur établira son royaume formera son église, appelée ‘nation sainte’ par l’apôtre Pierre en 1Pierre 2.9. Elle est le petit troupeau auquel Dieu a jugé bon de donner le royaume. Ne crains point, petit troupeau ; car votre Père a trouvé bon de vous donner le royaume (Luc 12.32).

 

Gardez à l’esprit que la royauté de Dieu n’est pas nécessairement quelque chose acquise automatiquement pour l’éternité. Dieu avait confié à Israël un royaume de vérité. Mais plus tard, ce royaume leur a été retiré pour être donné, par le libre choix de Dieu, à un peuple sanctifié, à l’église. Paul répète la même vérité aux chapitres 9 à 11 de sa lettre aux Romains. Il écrit, ‘Certaines branches ont été retranchées (les Juifs incrédules) et vous (les païens), qui ne faisiez pas partie de l’arbre originel, avez été greffés à cet arbre. Mais prenez garde de ne pas vous enorgueillir car si Dieu a coupé les branches naturelles, il en fera de même avec vous en de semblables circonstances (Romains 11.11-24).’

 

Voyez-vous, la manifestation de la royauté de Dieu dans notre vie constitue un privilège suprême car elle montre que nous entretenons une relation toute particulière avec Dieu. Israël bénéficiait d’un pareil rapport avec l’Éternel. On se rappellera que celui-ci fit alliance avec le peuple d’Israël en attestant qu’il serait son Dieu et qu’il deviendrait son peuple. Aucun autre peuple n’avait Dieu comme chef de la nation. Seul Israël avait un tel roi. Et comme le fut Israël, les chrétiens constituent maintenant le peuple élu. Par la Nouvelle Alliance, Dieu a fait de nous son peuple et il devient notre Dieu et notre Roi. Nous héritons du même privilège d’être en communion avec Dieu lorsqu’il devient le souverain de notre vie.

 

Il y a une autre caractéristique du royaume de Dieu à laquelle cette parabole fait allusion. Ce gouvernement spirituel se présente sous deux phases. La première phase se déroule au présent et l’autre se produira dans le futur. Il est question ici du royaume au présent où l’activité rédemptrice de Dieu n’est que partielle et dans lequel le bien et le mal coexistent. Dans la dernière partie de sa parabole, Jésus fait référence au royaume du futur, ‘au temps de la moisson,’ quand le mal sera entièrement éradiqué. À ce moment-là, la royauté de Dieu prévaudra totalement.

 

Une parabole clé

 

L’enseignement de Jésus ne contient que deux paraboles où une explication est fournie : la parabole du semeur et la parabole de l’ivraie. À cet égard, chacune d’elles constitue une parabole clé. Les éclaircissements qu’on y retrouve conditionnent nécessairement notre interprétation de toutes les autres paraboles.

 

Dans sa propre explication de la parabole de l’ivraie, Jésus fait appel à sept éléments que nous résumons dans ce tableau.

 

celui qui sème la bonne semence

le Fils de l’homme

le champ

le monde

la bonne semence

les fils du royaume

L’ivraie

les fils du malin

l’ennemi qui a semé l’ivraie

le diable

la moisson

la fin du monde

les moissonneurs

les anges

 

 

Le Seigneur nous enseigne que le royaume de Dieu englobe deux types de plantes, deux sortes de personnes. Il y a d’abord le blé semé par Jésus. Ce blé représente les ‘fils du royaume,’ i.e., les vrais enfants de Dieu, ceux qui ont choisi de mettre au premier plan de leur vie la royauté de Dieu. Par la suite, après que Jésus eut semé la bonne semence dans le monde (le champ symbolise le monde), le diable fit son apparition et sema de la mauvaise herbe, de l’ivraie, parmi le blé.

 

L’ivraie

 

Qui l’ivraie désigne-t-elle? S’agit-il des incroyants? Réfléchissons soigneusement à cette question. Il est important de noter que l’ivraie n’a pas été semée en même temps que le blé. Au moment où elle a été répandue, le blé avait déjà été ensemencé. Si l’ivraie symbolise des non-chrétiens, il aurait fallu retrouver la situation inverse puisque les incroyants sont apparus bien avant ceux qui ont été convertis par le ministère de Jésus. On aurait dû, logiquement, avoir l’ivraie d’abord, et le blé dans un deuxième temps. Considéré sous cet angle, vous voyez qu’il est difficile d’assimiler l’ivraie à ceux qui n’ont jamais professé être des disciples du Christ.

 

Remarquez également l’endroit où l’ivraie est ensemencée :  en plein milieu du blé. Elle a été mise en terre dans le but d’être mêlée au blé, à l’intérieur du royaume de Dieu. C’est pourquoi il est question de les ‘mettre hors du royaume’ au v. 41. Cela signifie que présentement, ceux-ci se trouvent dans le royaume; ils en seront délogés à la fin du monde. Est-il possible qu’un incroyant (celui qui ne croit pas en Jésus-Christ et donc qui n’a jamais fait de profession de foi) puisse se retrouver dans le royaume de Dieu? Cela est difficilement concevable. L’ivraie doit alors se rapporter à des individus dans le royaume qui se réclament de Christ mais qui ne sont pas véritablement des fils du royaume. Vue d’une manière globale, on peut avancer que cette parabole décrit l’ensemble de ceux qui se disent être du royaume à juste titre ou non.

 

Autre point important à observer. Les serviteurs ont pris connaissance de la présence des mauvaises herbes seulement après que le blé eut grandi et produit du fruit. V. 26 : Et lorsque la tige monta et produisit du fruit, alors l’ivraie aussi parut. L’ivraie a donc eu le temps de pousser pendant un certain temps avant que leur existence fut remarquée par les travailleurs. Ceux-ci exprimèrent d’ailleurs leur étonnement en demandant au maître, ‘N’as-tu pas semé du bon grain dans ton champ? Comment se fait-il qu’il y ait de la mauvaise herbe?’ Tout cela laisse supposer que ces deux plantes, l’ivraie et le blé, doivent se ressembler grandement, du moins au début de leur croissance. Cela expliquerait pourquoi elles ont pu pousser ensemble sans que personne ne se soit aperçu de quoi que ce soi.

 

Il est généralement admis que l’ivraie dont il est question dans la parabole correspond à l’ivraie barbue, une plante de la famille des graminées qui est presque impossible à distinguer du blé quand les pousses sont jeunes. Il faut attendre l’apparition des épis avant de voir une différence. Cela n’est pas sans nous rappeler les paroles de Jésus en Matthieu 7.20, ‘C’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez.’ En quoi les fruits nous aident-ils à les reconnaître? Les grains de l’ivraie sont plus foncés, presque noirâtres, alors que ceux du blé sont plutôt blanchâtres. Il y a donc un contraste de couleurs, facilement observable, lorsque les plantes sont en épi. Par ailleurs, comme les grains de l’ivraie sont néfastes pour la santé, il était important de les séparer du blé. On comprendra que cette action ne pouvait se faire qu’à l’approche de la moisson, au moment où leur différence devenait perceptible. Malgré leur grande ressemblance, vous voyez que ces deux plantes possèdent quand même des caractéristiques très distinctes.

 

Résumons nos observations concernant l’ivraie. Son apparence est presque similaire à celle du blé. Ces individus ressemblent aux vrais chrétiens mais dans les faits, ils ne le sont pas. Leur fruit est foncé et vénéneux. Ils grandissent parmi le blé, à l’intérieur du royaume de Dieu, et se disent être des sujets du royaume. L’ivraie représente donc des individus qui se font passer pour des disciples. Ils parlent comme eux, participent aux mêmes activités à l’église et jusqu’à un certain un certain point, se comportent comme eux. Ils s’imaginent être des fils du royaume. Mais en réalité, ils ne présentent que les formes extérieures de la foi. Paul met Timothée en garde contre ces prétendus chrétiens ‘qui ont l’apparence de la piété mais en ont rejeté la puissance (2Timothée 5.3).

 

Un autre point se dégage de cette illustration : il existe une étroite relation entre l’ivraie et le blé. Les fils du malin et les fils du royaume croissent et accomplissent ensemble des activités à l’intérieur du royaume de Dieu. Ils vivent côte à côte sur le même terrain. Il ne s’agit pas d’une situation où deux royaumes ou deux camps se trouvent l’un en face de l’autre, séparés par une certaine distance. Satan a mis ses fils là où les enfants de Dieu sont assemblés. Par cette image, Jésus nous enseigne que des faux croyants s’introduiront dans l’église. Le terrain où croît le blé devient ainsi le théâtre de l’activité des fils de Satan. Et cette activité met le blé et l’ivraie en relation. Avec le temps, le lien d’influence s’approfondit, leurs racines s’entrelacent, de sorte qu’il sera presque impossible de les séparer sans causer de dommages. C’est pourquoi le maître dit à ses serviteurs, ‘Pour le moment, laissez-les croître ensemble car en enlevant l’ivraie, vous risquez de déraciner aussi le blé. L’ivraie sera éliminée lors de la moisson (v. 30).’

 

Ceux qui commettent l’iniquité

 

Qui sont ceux qui seront enlevés du royaume au jour du jugement dernier? Ce sont ‘les scandales et ceux qui font l’iniquité.’ Le Fils de l’homme enverra ses anges, qui arracheront de son royaume tous les scandales et ceux qui commettent l’iniquité (Matthieu 13.41). Les ‘scandales’ sont ceux qui font trébucher d’autres dans l’erreur en les détournant du chemin de la vérité. Le mot grec pour ‘iniquité,’ anomia, signifie littéralement ‘absence de loi.’ Ceux qui commettent l’iniquité sont des personnes qui vivent sans tenir compte de la loi de Dieu, pratiquant ainsi le mal.

 

Le terme ‘iniquité’ est exactement le même que celui utilisé par Jésus quand il dit en Matthieu 7.23, Retirez–vous de moi, vous qui commettez l’iniquité. De qui parle-t-il dans ce passage? Nous découvrons à la lecture de son contexte que Jésus évoque non pas les incroyants mais ceux qui invoquent son nom et qui ont travaillé pour l’avancement de son royaume. Au v. 21, Jésus dit, Ceux qui me disent : Seigneur, Seigneur ! Voilà des travailleurs qui donnaient à Jésus le titre de ‘Seigneur.’ ‘Jésus est roi,’ clament-ils. En effet, le titre de ‘Seigneur’ est celui qu’on donne à un souverain, à un roi. Ils professent connaître Jésus comme maître de leur vie en proclamant ‘Seigneur, Seigneur.’ Pourtant Ce ne sont pas tous ceux qui me disent, Seigneur, Seigneur, qui entreront dans le royaume des cieux (notez que l’entrée dans le royaume se produira dans l’avenir – il est question ici du royaume futur) ; mais celui qui fait (notez le temps présent, se rapportant au caractère actuel du royaume, ‘qui fait maintenant’) la volonté de mon Père qui est dans les cieux.

 

En ce jour-là, au jour du jugement éternel, ceux qui sont représentés par l’ivraie dans la parabole diront à Jésus, ‘Seigneur, Seigneur, n’avons-nous pas prophétisé en ton nom, chassé des démons en ton nom et fait bien des miracles en ton nom?’ Malheureusement leur protestation sera vaine. Nous lisons au v. 23, Alors je leur dirai ouvertement (non pas aux incroyants, mais à ceux qui ont professé le connaître): Je ne vous ai jamais connus, retirez–vous de moi, vous qui commettez l’iniquité. Ces individus qui ont prophétisé, chassé des démons et accompli des miracles au nom de Jésus sont ceux que le Seigneur condamne comme des ouvriers d’iniquité. En dépit de toutes leurs confessions, il leur sera demandé de quitter. Ce sera un moment de grande angoisse pour ces individus.

 

C’est ici que nous pouvons faire une correspondance avec la parabole de l’ivraie. Dans les deux cas, en Matthieu 7 et 13, la cause du rejet des hommes est leur iniquité. Or ceux qui pratiquent l’iniquité ne sont pas des gens qui n’ont jamais entendu l’évangile ou des incrédules qui l’ont entendu mais ne l’ont pas accepté. Comme nous l’avons souligné, ces hommes en Matthieu 7 ont invoqué le nom du Seigneur pour exercer leurs dons. Ils sont représentés dans la parabole par l’ivraie. Ils sont ceux qui s’adressent à Jésus en disant, ‘Seigneur, Seigneur,’ croyant sincèrement être ses disciples. Mais ils verront qu’ils se sont trompés car il n’est pas suffisant de le considérer comme Maître seulement en parole. Nul ne peut être un authentique citoyen du royaume de Dieu s’il n’obéit pas à la volonté du Roi céleste.

 

Ces individus avaient-ils la foi? Souvenez-vous de leurs actes. Ils ont chassé des démons. Ils ont prophétisé. Ils ont accompli des miracles. Ils ont fait toutes ces choses par le nom du Seigneur. On ne se sert pas du nom du Christ de cette façon sans lui accorder une certaine confiance. En ce sens, on doit convenir que leurs actions étaient issues d’un attachement à Christ et donc d’une certaine ‘foi’ à son égard. Mais cette foi, au jour du jugement, n’avait pas les qualités requises puisque Jésus leur commandera de partir.

 

Qu’est-ce qui a fait défaut? Jésus nous dit clairement ce qu’il leur manquait. Malgré toutes les grandes œuvres qu’ils ont pu accomplir, ils ont omis un point crucial : une fidèle obéissance à la volonté du Père. ‘Il ne suffit pas de dire, Seigneur, Seigneur, pour entrer dans le royaume des cieux à la fin des temps; mais il faut également faire la volonté de mon Père céleste.’ L’accomplissement de miracles n’atteste pas nécessairement que la volonté de Dieu ait été suivie. Comment fait-on la volonté de Dieu? En vivant une vie sainte. En se soumettant entièrement à l’autorité du gouvernement de Dieu. En faisant de Dieu le Maître et le Roi de votre vie. C’est ainsi que le royaume des cieux se manifeste, dans la vie de ceux qui suivent les commandements du Roi.

 

Les fils du diable

 

Le temps de la moisson sera une époque tragique pour plusieurs personnes. Voyez-vous, les individus mentionnés par Jésus en Matthieu 7 croyaient réellement qu’ils étaient sauvés. Au jour du jugement, ils présenteront leurs œuvres à Christ en disant, ‘Seigneur, Seigneur, n’avons-nous pas fait toutes ces choses en ton nom?’ Ils pensaient que le Seigneur pour qui ils oeuvraient allait les accueillir à bras ouverts. À leur étonnement, Jésus leur demandera de quitter les lieux. ‘Qui êtes-vous? Je récolte du blé, et non pas de la mauvaise herbe. Or vous n’êtes pas du blé. Allez-vous-en!’ Une grande consternation frappera une partie de ceux qui se réclament de Christ mais dont le jugement divin écartera du royaume.

 

Nous retrouvons la même situation tragique dans la parabole de l’ivraie. Satan a semé l’ivraie parmi le blé. La capacité de tromperie du diable est si parfaite que l’ivraie s’imagine être d’authentiques chrétiens. Dans cette histoire, Jésus les appelle les ‘fils du malin.’ Ceux-ci demeureront parmi les vrais fils jusqu’à la fin. Seuls les anges pourront les identifier à ce moment-là et les chasser hors du royaume de Dieu.

 

Soulignons à nouveau que les fils du malin ne sont pas nécessairement conscients qu’ils sont issus du diable. Prenez par exemple Jean 8.44. Dans ce passage, les Juifs affirmèrent leur lien de parenté avec Abraham en disant à Jésus, ‘Nous sommes les fils d’Abraham.’ Jésus répliqua en disant, Vous avez pour père le diable (Jean 8.44). Ou autrement dit, ‘Vous êtes des fils du malin.’ ‘Vous qui prétendez être des fils de la famille d’Abraham, vous êtes en réalité des fils du diable.’ Jésus s’adressait aux Juifs, et plus particulièrement à ceux qui cherchaient à le tuer, i.e., aux Pharisiens, l’élite religieuse de la société juive. Notez bien ceci. Ceux que Jésus traite de ‘fils du malin’ ne sont pas ces incrédules qui ne croient pas en Dieu. Au contraire, ce sont les Juifs, le peuple choisi de Dieu, les Pharisiens, ceux qui se distinguaient par leur strict attachement à l’observance de la Loi!

 

‘Si vous étiez des enfants d’Abraham comme vous prétendez l’être,’ Jésus leur dit, ‘vous agiriez comme lui.’ Encore une fois, nous voyons qu’il ne suffit pas de prétendre; il faut agir selon nos convictions. Et qu’est-ce qu’Abraham a fait? Il a fait de Dieu le Roi de sa vie. En homme plein de foi, il a obéi à la volonté du Roi divin. Sa réponse montrait bien sa soumission. ‘Tout ce que Tu me demanderas, je le ferai. Où que Tu m’envoies, j’irai. Car Tu es mon Roi et mon Seigneur.’ Jésus dit aux Juifs qui se vantaient d’être la postérité d’Abraham, ‘Vous êtes loin d’agir comme Abraham. Abraham était droit. Vous révélez votre perversité en cherchant à m’éliminer. Vous faites ce que Satan désire, lui qui a été meurtrier dès le commencement. C’est pourquoi je vous dis que votre véritable père, c’est le diable.’ Cette déclaration n’avait pas pour but de les insulter. Jésus tentait d’ouvrir leur conscience. ‘Revenez à la raison. Même si vous prétendez avoir Dieu pour Père (Jean 8.41), votre entêtement à lui désobéir fait de vous des fils du diable. Et vous allez périr dans vos péchés si vous ne changez pas votre attitude.’

 

Une communauté mixte

 

Le dictionnaire biblique NIDNTT fait le commentaire suivant concernant la parabole de l’ivraie. ‘L’allégorie de l’ivraie semée parmi le blé fait ressortir un contraste entre les ‘fils du royaume’ et les ‘fils du malin’ (Matthieu 13.38). L’ivraie et le blé poussent dans le même champ sans être séparé l’un de l’autre jusqu’au moment de la récolte. De la même façon, l’église est un corps qui se compose d’éléments hétérogènes. Cet état persistera jusqu’au jour du jugement. Ce sera alors le temps de la séparation’ (New International Dictionary of NT Theology, volume 1, p. 289 – traduction personnelle).

 

Le contraste entre l’ivraie et le blé illustre la présence de deux types de croyants au sein de l’église. L’ivraie de l’église est constituée de faux chrétiens qui ‘croient’ en Jésus en tant que Sauveur seulement. Le blé de l’église représente les vrais chrétiens qui croient en Christ en tant que Sauveur et Seigneur. Si vous pensez être sauvé par le simple fait de croire que Jésus est le Sauveur du monde, vous avez été dupés par un mensonge du diable. Jésus est le roi messianique. Il est l’envoyé de Dieu, le roi qu’annonçaient les prophètes et à qui Dieu a confié les intérêts de son royaume. On ne peut pas accueillir Jésus en tant que Sauveur seulement. Il est un Roi dont l’autorité exige d’être reconnue et obéie. Le salut qu’il offre ne peut être dissocié de l’obéissance qu’il demande. Jésus est le Sauveur seulement de ceux qui reconnaissent sa seigneurie. Vous ne pouvez pas vous attendre à avoir la vie éternelle si vous négligez de faire la volonté de Dieu, même si croyez que Jésus est votre Sauveur.

 

S’il est vrai que l’église est une communauté mixte, formée d’un mélange du vrai et de son imitation, pourquoi Dieu tolère-t-il cette situation? Pourquoi le maître dit-il à ses serviteurs, ‘Ne tentez pas d’arracher la mauvaise herbe. Laissez-les pousser ensemble.’ Nous avons mentionné combien il était difficile de différencier l’ivraie du blé au début de leur croissance. Le désherbage comporte un grand danger d’erreur puisqu’on ne peut pas savoir avec certitude ce qui est de la mauvaise herbe. Si vous leur demandez, ‘Croyez-vous au nom de Jésus?’ l’ivraie dira, ‘Bien sûr!’ tout comme ces gens en Matthieu 7 qui disaient ‘Seigneur, Seigneur’ mais que Jésus a rejetés. On peut difficilement faire appel à la discipline de l’église pour les punir puisqu’ils n’ont pas nécessairement commis de fautes manifestes. On peut encore moins les retrancher du milieu des croyants. Qui sommes-nous pour décider que tel ou tel individu est un fils du malin? Nous n’avons pas à juger ainsi les membres de l’église. Dieu est le seul qui puisse juger.

 

Mais la présence de l’ivraie ne risque-t-elle pas de causer du tort au corps du Christ? Oui, il faut le reconnaître. Et bien souvent, le danger n’est pas évident, le dommage étant causé par les racines, sous la surface du sol, sans que personne ne s’aperçoive de rien. Les racines de l’ivraie freinent la croissance du blé en lui faisant compétition pour les mêmes ressources nutritives. La rivalité est telle que l’ivraie parvient parfois à étouffer le blé. Jésus l’a évoqué dans la parabole du semeur. Une autre partie des grains tomba parmi des plantes épineuses. Celles–ci grandirent et étouffèrent les bonnes pousses (Matthieu 13.7).

 

Devant cette situation, que pouvons-nous faire? Pas grand chose, malheureusement. Les racines de l’ivraie et du blé sont si enchevêtrées qu’on ne peut arracher l’une sans risquer de déraciner l’autre. En essayant de mettre les faux chrétiens au grand jour, on court le risque de blesser les autres chrétiens. Les dégâts occasionnés par une tentative de purification sont souvent pires que si rien n’avait été fait. Aucun être humain ici-bas ne peut en faire une exacte séparation. Il faut accepter le mélange qu’il y a de l’authentique et de sa contrefaçon dans l’état actuel de l’église, et attendre patiemment leur séparation au jour du jugement.

 

Cette parabole est un avertissement contre un usage excessif de la discipline dans la communauté chrétienne. Il y a un prix spirituel à payer en voulant séparer trop rigoureusement le faux du vrai. Et ce sont souvent les justes qui finissent par en faire les frais. Laissons le Fils de l’homme et ses anges séparer le bon grain de l’ivraie au moment opportun. Nous avons la promesse que notre Sauveur et Seigneur purifiera son royaume de toute souillure lorsque prendra fin l’ordre actuel du monde.

 

Évidemment cela ne justifie pas la tolérance à l’égard du péché. Les croyants doivent certainement s’élever contre l’injustice et le péché, et reprendre les frères et sœurs qui tombent dans l’erreur. Il en sera question plus loin, en Matthieu 18, où Jésus enseigne que les disciples ont le devoir de confronter, reprendre et même parfois exclure de la collectivité un frère qui ne reconnaît pas ses torts. Matthieu 13 et Matthieu 18 sont deux passages dont nous devons tenir compte et mettre constamment en équilibre dans l’application de la discipline au sein de l’église.

 

L’acquisition de la maturité

 

Un dernier point avant de terminer. Quel but Dieu poursuit-il dans tout cela? Pourquoi permet-il ce douloureux mélange du bon et du mauvais? Pourquoi n’est-il pas intervenu auprès de Satan au moment où ce dernier s’apprêtait à semer de l’ivraie?

 

Ce mélange, tout affligeant qu’il est, sert à l’épreuve et à la patience aux enfants du royaume. Voyez-vous, les contraintes d’une cohabitation forcée avec l’ivraie rendent le blé plus résistant. Ainsi la présence de l’ivraie a pour effet d’éprouver notre foi. Nous apprenons à nous enraciner davantage dans le sol afin d’y puiser les ressources spirituelles que Dieu met à notre disposition. Du point de vue agricole, il peut sembler incongru de raisonner de la sorte. En effet, qui a déjà vu un fermier semer de la mauvaise herbe dans l’intention de fortifier ce qu’il désire récolter? Mais cette parabole n’a pas pour but de nous enseigner des techniques agricoles. Jésus désire nous révéler des vérités spirituelles. Et la vérité dont il est question ici se rapporte à la sanctification du chrétien : la maturité spirituelle s’acquiert progressivement lorsque le croyant est en contact avec ceux qui pratiquent l’iniquité.

 

Je vous rappelle que la différence entre l’ivraie et le blé n’est devenue perceptible qu’au moment où les fruits ont fait leur apparition. Une vie sainte est le fruit spirituel, l’expression visible par lequel on vous reconnaîtra comme étant un authentique fils du royaume. Paul écrit en Romains 6.22, Étant affranchis du péché et devenus esclaves de Dieu, vous avez pour fruit la sainteté

 

Cette parabole se termine avec une magnifique image de la gloire céleste à laquelle auront part ceux qui se sont attachés à Dieu. Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père. Ceux qui aujourd’hui constituent les lumières de ce monde brilleront d’un plus grand éclat dans le monde à venir.