LA PARABOLE DU LEVAIN
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Matthieu 13.33

 

Yves I-Bing Cheng, M.D., M.A.

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Le Seigneur Jésus s’est souvent servi d’images tirées de la vie quotidienne pour illustrer des vérités du royaume des cieux. La parabole du levain en est un bon exemple. Ce récit est contenu dans un seul verset, en Matthieu 13.33. Lisons-le.

 

Matthieu 13.33. Il leur dit cette autre parabole : Le royaume des cieux est semblable à du levain qu’une femme a pris et mis dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que la pâte soit toute levée.

 

Jésus nous parle dans cette histoire d’une femme qui était en train de faire du pain. Il dit, ‘Regardez là-bas. Voyez-vous cette femme derrière la fenêtre? Savez-vous ce qu’elle confectionne? Elle va faire du pain pour sa famille, peut-être même plusieurs miches de pain. Les ingrédients sont sur le comptoir. Elle a aussi sorti ses marmites. Elle mélange actuellement la farine avec du levain et un peu de sel, puis verse de l’eau dans le contenant. Il ne faut surtout pas oublier le levain car c’est ce qui fait lever la pâte. Dans quelques heures, la pâte aura pris du volume; la femme la mettra alors au four.’

 

Vous savez qu’une pâte formée simplement à partir d’eau et de farine devient dure à la cuisson. C’est pourquoi il est nécessaire d’y ajouter de la levure. Lorsque la pâte est placée au chaud, sans dépasser une certaine température, les propriétés fermentatives de la levure la transforme en une substance remplie d’air et d’humidité. Cela donne au pain la texture moelleuse qui agrémente si bien nos repas.

 

Deux points de vue opposés

 

Quelle leçon spirituelle doit-on tirer de cette illustration? Il y a essentiellement deux façons d’interpréter cette parabole.

 

(1) Certains affirment que le levain représente l’œuvre divine et que le pain est le monde. Selon ce point de vue, l’église est le levain qui agit dans le monde, dans le pain, et dont l’influence s’étend aux quatre coins de la terre à la manière du levain qui se propage tranquillement dans la pâte à pain. L’enseignement de cette parabole serait alors presque identique à celle de la parabole précédente, la parabole du grain de moutarde (Matthieu 13.31-32), où nous avions montré que l’influence de l’église affectera les sociétés sur tous les plans.

 

(2) L’autre interprétation présente une explication tout à fait contraire : c’est plutôt l’influence du monde qui se propagerait à l’intérieur de l’église. L’image du ‘levain qu’une femme prend pour le mélanger à de la farine’ décrit la présence concomitante du bien et du mal. Le levain sert ainsi de symbole pour représenter le mal au sein du royaume.

 

Dans l’histoire de l’église, ces deux interprétations ont eu leur part de popularité. La majorité des commentateurs bibliques de notre époque préfèrent la première option, c’est-à-dire que l’église exerce une influence comparable à celle du levain dans la pâte – elle pénètre et transforme le monde.

 

Personnellement, je préfère l’interprétation #2. La parabole souligne le mal installé dans l’église et l’influence qu’il y exerce. Les arguments en faveur de ce point de vue ont, à mon avis, plus de poids que ceux utilisés pour supporter l’interprétation #1. Tout au long de cette leçon, je présenterai ces arguments. Vous pourrez alors évaluer leur pertinence. Regardons maintenant de près cette parabole.

 

Le royaume des cieux ‘n’est pas’ semblable à du levain

 

Elle débute avec les mots suivants. Le royaume des cieux est semblable à du levain… La lecture de ce verset doit se faire de manière très attentive. Si nous lisons, ‘Le royaume des cieux est semblable à du levain,’ et que nous interrompons la phrase à cet endroit, cela nous donne l’impression que Jésus compare le royaume à du levain qui se propage dans le monde. Est-ce vraiment le cas? Je ne pense pas. L’analogie que nous observons ici entre le royaume de Dieu et le levain ne doit pas nous conduire à conclure que le levain désigne le royaume. Voyez-vous, le point de comparaison de cette analogie ne porte pas uniquement sur le mot qui suit l’expression ‘Le royaume des cieux est semblable à ceci.’ La ressemblance s’applique à l’ensemble du récit, à la situation décrite par la parabole. Il faut donc bien comprendre que le royaume des cieux est semblable, non pas à du levain, mais à du levain qu’une femme met dans de la farine.

 

Prenez par exemple la parabole du semeur. Ce n’est pas ‘l’homme qui semait’ qui est comparé au royaume des cieux mais plutôt la situation qui résulte de son activité. Dans la parabole de la graine de moutarde, Jésus dit, Le royaume des cieux est semblable à un grain de moutarde… Encore une fois, le point de comparaison n’est pas strictement limité à la graine de moutarde. Le parallèle se fait avec le résultat que produit l’ensemence d’une graine de moutarde. Le royaume des cieux est semblable à un grain de moutarde que quelqu’un prend et sème dans son champ (Matthieu 13.31).

 

Matthieu 25.1 introduit une autre parabole illustrant la nature du royaume. Il est écrit, Alors le royaume des cieux sera semblable à dix vierges… Peut-on affirmer que le royaume des cieux est représenté par dix vierges? Pas du tout. Il faut lire la phrase jusqu’à la fin. Alors le royaume des cieux sera semblable à dix vierges qui, ayant pris leurs lampes, allèrent à la rencontre de l’époux. Le royaume des cieux n’est pas assimilé à proprement parler aux dix vierges mais plutôt à ce qui se passe lorsque dix vierges, munies de lampes, attendent l’époux le soir des noces. Les divers traits de cette histoire, tirés de la coutume du mariage juif, décrivent le retour de Christ et le jugement final. C’est donc l’ensemble des circonstances du récit, et non pas un trait unique, qui donne un portrait du royaume des cieux.

 

À cet égard, je ne peux m’empêcher de penser à Paul et à sa déclaration, Ainsi le corps n’est pas un seul membre, mais il est formé de plusieurs membres (1Corinthiens 12.14). Le corps ne se compose pas d’une seule partie; il en a plusieurs. On peut dire la même chose des paraboles. Lorsqu’une parabole débute avec le groupe de mots, ‘Le royaume des cieux est semblable à ceci,’ il ne faut penser que le premier mot apparaissant après cette expression constitue l’objet de la comparaison. C’est pourquoi on ne peut pas affirmer que le royaume des cieux est semblable au levain. Il n’est pas semblable au levain. Il est semblable au levain qu’une femme mélange à de la farine. Il faut tenir compte de toute l’image, et non pas seulement du premier mot se rapportant à l’analogie. Remarquez que la signification de l’illustration ne changerait pas si on avait la phrase, ‘Le royaume des cieux est semblable à une femme qui prend du levain pour le mêler à de la farine.’ Ou encore, on pourrait dire, ‘Le royaume des cieux est comme de la farine à laquelle une femme ajoute du levain.’ Même en modifiant l’ordre des mots de cette façon, le sens de la parabole reste le même.

 

Un peu de levain…

 

Portons maintenant notre attention sur la question du levain. De quelle manière la Bible utilise-t-elle le terme ‘levain’? Cette question est fort intéressante. Si vous consultez une concordance du NT, vous allez rapidement vous rendre compte que le mot ‘levain’ a le plus souvent un sens péjoratif.

 

Dans la parabole du levain, il apparaît sous la forme d’un verbe (zumoo) de même que sous la forme d’un nom (zume).

 

Matthieu 13.33. Il leur dit cette autre parabole : Le royaume des cieux est semblable à du levain (zume) qu’une femme a pris et mis dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que la pâte soit toute levée (zumoo).

 

La forme verbale est utilisée à deux autres endroits dans le NT : 1Corinthiens 5.6 et Galates 5.9. Examinons ces deux passages. Commençons avec celui en 1Corinthiens.

 

1Corinthiens 5.6. C’est bien à tort que vous vous glorifiez. Ne savez–vous pas qu’un peu de levain fait lever toute la pâte ?

7 Faites disparaître le vieux levain, afin que vous soyez une pâte nouvelle, puisque vous êtes sans levain, car Christ, notre Pâque, a été immolé.

 

Vous saisissez l’illustration? Paul dit, ‘En tant que chrétiens, vous êtes devenus du pain sans levain. Vous avez été libérés de tout levain par le sacrifice de Christ. Faites donc disparaître du milieu de vous le vieux levain de péché.’

 

L’apôtre Paul avait écrit ces mots pour blâmer les Corinthiens de leur immoralité. Au début de ce chapitre, il est fait mention d’un péché très grave commis par un homme fréquentant l’église de Corinthe. Celui-ci était coupable d’inceste, c’est-à-dire qu’il a eu des relations sexuelles avec un membre de sa propre famille. Dans ce cas-ci, il s’agissait probablement de sa belle-mère. Paul leur dit sur un ton d’indignation, ‘Ce genre d’inconduite, même les païens la condamnent. Pourtant un tel péché ne semble pas vous déranger puisque vous l’avez toléré jusqu’à présent dans votre église. Il faut que cela cesse et que la discipline soit exercée!’ Puis il ajoute, ‘J’ai pris la décision de l’excommunier.’ Par cette action, il a ôté le levain de l’église avant qu’il ne devienne une source de corruption pour l’ensemble de la congrégation.

 

Vous voyez que le levain, dans ce contexte, illustre le péché. Il est utilisé dans le même sens négatif en Galates 5.9. Voici ce qu’il écrit.

 

Galates 5.9. Un peu de levain fait lever toute la pâte.

 

Ici Paul se réfère à l’influence pernicieuse des fausses doctrines au sein de l’église, particulièrement celle qui préconise le retour à la circoncision. ‘Il suffit d’un peu de levain,’ dit Paul, ‘pour faire lever toute la pâte. Il en est de même des erreurs doctrinales. La moindre fausse doctrine peut se répandre dans toute l’église et causer des torts considérables.’

 

Emblème du péché

 

Dans sa forme nominale, le mot ‘levain’ apparaît douze autres fois dans le NT (Matthieu 16.6, 11, 12; Marc 8.15, 15; Luc 12.1, 13.21; 1Corinthiens 5.6, 7, 8, 8; Galates 5.9). Et nous faisons encore la même constatation. Dans tous ces passages, il symbolise la corruption tant sur le plan de la doctrine que sur le plan de la conduite.

 

Dans la pensée de l’AT, le mot ‘levain’ exprime également l’idée du péché. C’est ce qui explique pourquoi le levain ne devait pas se retrouver dans les offrandes destinées à être brûlées (Lévitique 2.11; 6.17). L’ordonnance est exprimée ainsi en Lévitique 2.11. Aucune des offrandes que vous présenterez à l’Éternel ne sera faite avec du levain ; car vous ne brûlerez rien qui contienne du levain ou du miel parmi les offrandes consumées par le feu devant l’Éternel. La présence du levain dans les offrandes – considéré comme symbole du mal et de la corruption –aurait été en opposition directe avec l’esprit du sacrifice. Pour la même raison, les Israélites ont reçu l’ordonnance de ne pas manger du pain fait à partir d’une pâte qui aurait été altérée par l’action du levain pendant les sept jours de la Pâque. En outre, ils devaient enlever toute trace de levain de leurs maisons (Exode 12.15, 19) et de leur territoire (Exode 13.7; Deutéronome 16.4). En cette période de l’année, chaque Juif veillait donc soigneusement à ce que tout levain et toute chose levée disparaisse de son milieu.

 

Tout cela nous montre une chose. Nous constatons que le levain ne représente jamais le bien dans les Écritures. Lorsqu’il est employé de façon symbolique, il est toujours une image du mal. Même dans les paroles de Jésus, il est cité péjorativement sous la triple forme du levain des pharisiens, des sadducéens et des hérodiens (Matthieu 16.6, 11; Marc 8.15; Luc 12.1). Si on veut absolument donner une autre signification au mot ‘levain’ de façon à le prendre en bonne part, il faudra le démontrer avec des arguments extrêmement convaincants. Or, il n’y a aucune explication, à mon avis, qui justifierait une telle exégèse de la parabole du levain. Il faut bien le souligner, l’interprétation selon laquelle le levain serait une image de l’influence envahissante de l’Évangile pénétrant toutes les sphères de l’activité humaine exige que l’on fasse une exception au sens normalement donné au levain dans la Bible. Et je le répète à nouveau. Je ne vois pas pourquoi on ferait une exception pour la parabole du levain alors que partout dans les Écritures, le levain est considéré comme un symbole de la corruption. Il est bien plus logique d’y voir une mise en garde contre la puissance du mal s’infiltrant dans le royaume des cieux.

 

Ceux qui ont de la difficulté à penser que Jésus ait pu comparé le royaume des cieux à quelque chose de mauvais doivent savoir qu’il a pourtant comparé le royaume à ce qui englobe l’ivraie et le blé (Matthieu 13.24-30) – parabole de l’ivraie), la mauvaise et la bonne semence, et à ce qui comprend à la fois les bons et les mauvais poissons (Matthieu 13.37-50 – parabole du filet). Il va même jusqu’à enseigner que ce royaume inclut un méchant serviteur (Matthieu 18.23-32 – parabole du serviteur impitoyable), de même qu’un homme non revêtu de l’habit de noce et qui fut donc perdu (Matthieu 22.1-13 – parabole des noces).

 

Trois mesures de farine

 

Examinons maintenant une autre question. Lisons de nouveau la parabole du levain. Le royaume des cieux est semblable à du levain qu’une femme a pris et mis dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que la pâte soit toute levée. À quoi peut-on identifier cette pâte? L’apôtre Paul se sert de l’image de la pâte en Romain 11.16 pour décrire le peuple de Dieu. Il écrit, Or si les prémices sont saintes, toute la pâte l’est aussi ; et si la racine est sainte, les branches le sont aussi. Puisqu’une portion du peuple a obtenu la faveur de Dieu, c’est une assurance que toute la nation, toute la pâte, peut être sauvée. Cette pâte représente donc pour Paul le peuple de Dieu.

 

Dans la parabole du levain, le mot grec pour ‘farine’ (aleuron) désigne spécifiquement de la farine de blé. La traduction française ne nous permet pas de le savoir; il faut vraiment étudier le texte original pour s’en rendre compte. Or cette observation est importante car dans le langage biblique, le blé représente souvent le vrai croyant. Souvenez-vous de la parabole de l’ivraie. Selon la propre explication de Jésus, l’ivraie symbolise les fils du malin alors que le blé correspond aux enfants de Dieu (Matthieu 13.38). L’image du blé pour représenter le chrétien authentique est également utilisée par Jean le Baptiste en Matthieu 3.12 où il déclare que Jésus reviendra en tant que juge. Il ‘amassera le blé (donc les justes) dans son grenier, et brûlera la paille (les méchants) dans un feu qui ne s’éteint jamais.’

 

En Jean 6, Jésus se décrit comme étant le pain, un pain qui a le pouvoir de communiquer la vie. Je suis le pain de vie, dit-il à trois reprises. Et nous qui formons l’église, le corps de Christ, pouvons également être assimilés à ce pain. C’est pourquoi il est écrit en 1Corinthiens 10.17, Car nous (l’église) qui sommes plusieurs, sommes un seul pain, un seul corps. La communauté chrétienne dans son ensemble forme un seul pain et un seul corps en Christ. Vous voyez que le blé, la farine, le pain, sont tous des termes qui s’appliquent aux croyants.

 

Si le mot levain signifie le mal et que le blé représente les chrétiens, on devra alors conclure que cette parabole illustre l’envahissement du royaume par les forces du mal. L’influence pernicieuse du monde, qui peut être peu de chose en apparence, se propage dans l’église, l’entraînant dans le désordre. Par ce verset, le Seigneur Jésus désire nous mettre en garde contre la corruption qui agira à l’intérieur du royaume. Cette interprétation, il me semble, s’harmonise mieux avec le sens que donnent les Écritures aux termes utilisés dans la parabole.

 

Caché dans la farine

 

Il y a un autre mot qui doit attirer notre attention. Il s’agit du verbe ‘mettre,’ mieux traduit par le mot ‘cacher’. Le royaume des cieux est semblable à du levain, qu’une femme a pris et caché parmi trois mesures de farine (La Bible Annotée). Cette action, celle de cacher le levain, comporte au moins deux aspects : (1) elle est accomplie sous le sceau du secret, et (2) il y a un désir de soustraire quelque chose aux regards. Si on associe le levain au royaume, il faudrait dire que Dieu a pris son royaume et fait en sorte qu’il ne soit pas visible. Est-ce vraiment le cas? Non, bien sûr. La venue du royaume de Dieu ne s’est pas accomplie dans le secret. Elle s’est manifestée dans ce monde d’une manière telle que tous ont la possibilité de constater sa présence et jouir de ses bienfaits.

 

Paul nous dit par exemple en Actes 26.26, ‘Les événements dont j’ai parlés ne se sont pas produits en cachette dans un coin perdu.’ Ils n’ont pas été tenus secrets. Les faits concernant la vie de Jésus étaient de notoriété publique. Tous les gens vivant en Palestine ont pu voir ce qu’il faisait. C’est pourquoi Jésus dit à ceux qui sont venus l’arrêter en catimini, ‘Pourquoi m’arrêtez-vous dans l’obscurité? Chaque jour j’étais assis dans le temple pour enseigner. Je n’avais rien à cacher. Or pendant tout ce temps vous ne m’avez jamais touché. Pourquoi avez-vous choisi de vous saisir de moi maintenant quand personne ne peut voir vos agissements? (Matthieu 26.55)’ Le monde agit secrètement. Le ministère de Jésus s’est accompli au su et au vu de tous.

 

Dans la même ligne de pensée, Paul déclare en 1Corinthiens 4.9, ‘Nous, les apôtres, avons été livrés en spectacle au monde entier.’ Un spectacle est un ensemble de faits qui s’offre au regard du monde. Il est question d’une exhibition, et non pas d’une dissimulation. En 2Corinthiens 4.3-4, Paul dit encore, ‘L’évangile que nous prêchons n’est pas voilé. S’il peut paraître obscur pour certains, il ne l’est que pour ceux qui périssent. Et ceux-ci vont à leur perdition car le dieu de ce monde a aveuglé leurs pensées afin qu’ils ne puissent pas voir la gloire de Christ.’ L’évangile n’a pas été voilé par Dieu. S’il y a des gens qui semblent incapables de le comprendre, c’est à cause de Satan qui a jeté un voile sur leur intelligence dans le but de les maintenir dans des ténèbres perpétuelles.

 

La vie de l’église n’a pas à être cachée dans ce monde. Bien au contraire, notre église doit se montrer au monde afin d’indiquer aux hommes et aux femmes le chemin du salut. Jésus le dit en ces termes. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée (Matthieu 5.14). L’église est appelée à être semblable à une ville située sur une montagne. Sa présence doit être si manifeste qu’on ne peut pas ignorer sa clarté. Ainsi, il n’est aucunement question d’une église qui se cache du monde. S’il y a quelque chose de caché, c’est plutôt dans le sens de l’envahissement insidieux des idées du monde dans la communauté chrétienne.

 

Jésus n’est pas le seul à donner un tel avertissement. Jude révèle que certains hommes se sont glissés parmi les fidèles, inscrits jadis à l’avance pour ce jugement (Jude 4). Parmi les chrétiens, des hommes mauvais se sont introduits en secret. Un scénario similaire est décrit en Galates 2.4 où il est question de faux frères qui s’étaient secrètement introduits et glissés parmi nous, pour épier la liberté que nous avons en Jésus–Christ… 2Pierre 2.1 fait la mise en garde qu’il y aura aussi parmi vous de faux docteurs, qui introduiront secrètement des sectes pernicieuses et qui … attireront sur eux une ruine soudaine. On pourrait dire que l’introduction sournoise et secrète de l’influence exercée par les faux enseignants et le monde sur l’église est illustrée par le levain qu’une femme a caché parmi trois mesures de farine. La parabole du levain est donc un appel à la prudence. ‘Méfiez-vous du levain du monde de peur que vous ne tombiez,’ nous dit Jésus. ‘Tenez-vous loin de ce levain car il peut attirer sur vous la perdition.’

 

Trois sortes de levain

 

De façon plus spécifique, Jésus utilise le mot ‘levain’ pour désigner un attribut propre aux pharisiens et aux sadducéens, et dont il met ses disciples en garde. En quoi consiste le levain des pharisiens? Gardez–vous du levain des pharisiens, dit Jésus en Luc 12.1, qui est l’hypocrisie. Les pharisiens étaient coupables du péché de l’hypocrisie car ils donnaient l’impression d’être des modèles de vertus alors qu’ils étaient en réalité des maîtres dans l’art du déguisement. Vous savez, on ne devient pas hypocrite du jour au lendemain. L’hypocrisie se forme avec le temps. Le pharisien ne décide pas qu’il sera un hypocrite. Il le devient graduellement, le plus souvent sans s’en rendre compte, lorsque sa dévotion met de plus en plus l’accent sur la forme que sur le fond. Sa piété évolue vers une habitude dans laquelle il a peu à peu perdu la distinction entre l’authentique et l’apparence. Il se détourne ainsi de l’esprit des commandements de Dieu. L’apôtre Paul parle de se ‘détourner de l’espérance de l’évangile’ (Colossiens 1.23).

 

Beaucoup de croyants entament leur vie chrétienne avec un enthousiasme manifeste. Pour certains malheureusement, la foi perdra graduellement de sa vigueur au point qu’elle ne se contentera plus que de la forme extérieure du christianisme. Leur zèle pour Dieu devient superficiel. Ils honorent Dieu avec leur bouche, mais leur cœur se trouve loin de lui. Ils prêchent une chose mais ne l’appliquent pas pour eux-mêmes. Et graduellement, ils abandonnent leur premier amour, devenant ni chaud ni froid.

 

Sur cette question de température, j’aimerais ouvrir ici une parenthèse. Saviez-vous que la fermentation exige des conditions de température assez strictes? En effet, elle ne se produit que dans un environnement tiède. Le levain ne pourra pas faire lever le pain si vous le placez dans un endroit trop froid. Rien ne se produira non plus s’il fait trop chaud. La transformation de la pâte par la levure nécessite une température ambiante située entre le chaud et le froid, i.e., tiède. Dans ce contexte, il serait difficile d’assimiler le levain à l’église. Toute église qui se réclame du Christ ne doit pas être tiède. Si elle est ni chaude ni froide, elle sera rejetée par Jésus. C’est ce que nous lisons en Apocalypse 3.16. Ainsi, parce que tu es tiède, et que tu n’es ni froid ni bouillant, je te vomirai de ma bouche.

 

Le levain des pharisiens représente donc une religion formaliste axée sur l’attitude extérieure. Qu’en est-il du levain des sadducéens? Luc 20.27 nous en donne une bonne idée. Et quelques–uns des sadducéens, qui nient qu’il y ait une résurrection, s’approchèrent... Le levain des sadducéens se définit comme étant le scepticisme à l’égard du surnaturel et à l’égard des Écritures. Les sadducéens ne reconnaissaient que les lois écrites du Pentateuque. Ils rejetaient tout ce qui concernait la résurrection, la vie après la mort, ou encore les anges et les démons. Ils sont représentés de nos jours par les chrétiens qui sont enclin à l’incrédulité. Même après avoir fait profession de foi en Christ, certains se montrent encore très hésitants dans la confiance qu’ils accordent au Seigneur. Ils sont en proie au doute dès qu’une question demeure sans réponse. Ils se laissent facilement ébranler par tout vent de doctrine. Et petit à petit, leur instabilité s’accentue et érode ce qui leur reste de foi.

 

Puis finalement, Jésus nous demande de faire très attention à une troisième sorte de levain. Marc 8.15 : Gardez–vous avec soin du levain …d’Hérode. ‘Le levain du roi Hérode.’ Le levain qui procède du mélange de la politique et de la religion. Comment se manifeste-t-il? ‘Allez dire à ce renard que je chasse des démons,’ dit Jésus en Luc 13.32. Le renard est le type de la ruse dans la plupart des langues. En désignant Hérode de la sorte, Jésus voulait souligner une caractéristique marquée de ce chef d’état : la ruse sans scrupule.

 

Du point de vue politique, la région dont Hérode détenait le pouvoir était difficile à administrer. S’il a pu rester toutes ces années au pouvoir, c’est bien parce qu’il a su se montrer plus rusé que ses ennemis. Et dans sa ruse, il savait être opportuniste, tirant profit de tout ce qui pouvait consolider sa royauté. Il pouvait paraître gentil et accommodant tant et aussi longtemps qu’on ne menaçait pas son petit empire.

 

Comme Hérode, il est possible d’être opportuniste en tant que chrétien. Comment? En gardant un pied dans le royaume des cieux tout en ayant l’autre dans le monde. Ce type de croyant pense qu’il peut avoir une vie spirituelle accomplie en tirant parti de deux mondes opposés. Tant et aussi longtemps qu’on ne vexe pas ses propres désirs, il continue à fréquenter l’église. Mais il devient vite évident qu’il demeure dominé par le côté charnel de sa personne.

 

En appliquant le mot levain à trois groupes d’individus (les pharisiens, les sadducéens, et les hérodiens), le Seigneur Jésus veut mettre en garde ses disciples contre le danger d’être assimilés au monde qui les entoure. Si nous prenons le mot levain conformément au sens que lui donnent tous les textes des Écritures, c’est-à-dire l’influence corruptrice du mal, nous devons alors interpréter la parabole du levain comme une illustration de l’envahissement dissimulé du mal à l’intérieur du royaume.