LA PARABOLE DU TRÉSOR CACHÉ (2)
_______________________________________________________________________________

Luc 2.14

 

Yves I-Bing Cheng, M.D., M.A.

www.entretienschretiens.com

 

 

Nous avons mentionné dans la leçon précédente que la parabole du trésor caché peut être interprétée de deux manières fort différentes. La première interprétation voit dans le trésor le Seigneur Jésus lui-même. L’homme qui découvre ce trésor est le pécheur qui vend tout ce qu’il a pour gagner Christ. C’est le point de vue que nous avons soutenu la dernière fois.

 

Aujourd’hui, nous revenons sur cette parabole pour défendre l’autre interprétation. Celle-ci avance que Jésus est celui qui découvre le trésor. Il donne tout ce qu’il possède, et va jusqu’à se sacrifier à la croix pour acheter le monde.

 

Entamons cette étude en lisant à nouveau cette courte parabole.

 

Matthieu 13.44. Encore, le royaume des cieux est semblable à un trésor caché dans un champ, qu’un homme, après l’avoir trouvé, a caché ; et de la joie qu’il en a, il s’en va, et vend tout ce qu’il a, et achète ce champ–là.

 

Caché dans un champ

 

L’interprétation qui compare Jésus au trésor caché soulève plusieurs difficultés. La première concerne le fait d’avoir deux paraboles consécutives dont l’enseignement serait similaire. En effet, la parabole du trésor caché aurait la même signification que celle de la parabole des perles. On ne sait pas si ces deux paraboles ont été enseignées successivement par Jésus ou si c’est Matthieu qui les a regroupées ensemble. Toujours est-il qu’elles apparaissent l’une après l’autre dans l’Évangile de Matthieu. Pourquoi Jésus se répéterait-il ainsi? Quand on connaît sa manière d’enseigner, on sait que chaque phrase provenant de sa bouche, chaque mot même, a son importance. Jésus n’a pas coutume de se répéter. Il serait pour le moins surprenant de retrouver dans son enseignement deux paraboles illustrant côte à côte les mêmes vérités concernant le royaume. Il est plus naturel de penser qu’il y a entre ces deux récits des leçons distinctes.

 

Passons au deuxième problème. En Matthieu 13.38, quelques versets avant la parabole du trésor caché, il est précisé que le champ symbolise le monde. Enfoui dans ce champ se trouve un trésor et ce trésor est Jésus. Quelqu’un a caché ce trésor. Ce ‘quelqu’un’ doit être Dieu le Père. Et où Dieu ‘cache-t-il’ Jésus? Dans le monde. Cacher Jésus dans le monde? Cette idée de cacher le salut ne cadre pas avec l’enseignement biblique. Jésus est notre Sauveur. Il est notre Salut. Dieu ne cache pas son Fils dans le monde. Son royaume n’est pas une entité secrète tenue à l’abri des regards du monde.

 

Nous avons vu précédemment ce que Paul déclare à cet effet. En 2Corinthiens 4.3-4, il écrit, ‘Si notre Évangile est caché, ce n’est pas Dieu qui en est la cause. Il est voilé pour ceux qui périssent car le dieu de ce monde a aveuglé leur esprit.’ Vous saisissez la pensée de Paul? Il dit, ‘Je n’ai pas prêché de choses cachées par un voile. Si l’Évangile paraît obscur pour certains, c’est parce que le diable les a gardés dans l’ignorance.’ Le dieu de ce siècle n’a aucun scrupule à éloigner les hommes de l’Évangile. Il ne faut donc pas attribuer à Dieu une situation dont Satan est le véritable auteur.

 

L’une des plus magnifiques déclarations concernant la réalité messianique de Jésus est exprimée par cette phrase :  Je suis la lumière du monde (Jean 8.12). Jésus est venu dans le monde pour révéler aux hommes la lumière de Dieu. Il n’a jamais eu l’intention de la dissimuler. C’est d’ailleurs ce qu’il enseigne en Matthieu 5.15, ‘On n’allume pas une lampe pour la mettre sous un boisseau. Je n’ai pas allumé une lampe pour la cacher. Si j’ai allumé quelque chose, c’est pour la laisser briller afin d’éclairer tous ceux qui se trouvent dans la maison.’ Telle est la nature du ministère de Jésus.

 

Caché de nouveau

 

Parlons maintenant d’un autre problème. Nous lisons que cet homme, après avoir découvert le trésor, le cache de nouveau. Il remet la terre dans le trou afin que nul ne se doute de sa trouvaille. Du point de vue exégétique, il est très difficile de donner un sens à cette action. Je trouve Jésus, puis je le cache une nouvelle fois dans le monde. À quoi ce geste correspond-il dans la vie du chrétien? Quand avons-nous fait cela dans notre marche avec Dieu?

 

La plupart des interprètes bibliques ne s’expriment pas sur ce point. Et quand ils le font, nous observons une tendance à minimiser l’importance de la question. Il est futile, nous disent-ils, d’attribuer une quelconque signification à l’action d’enterrer de nouveau le trésor car elle ne s’accorde pas avec le but visé par Jésus en enseignant cette parabole. À mon avis, ce genre de raisonnement n’est pas assez spécifique pour être valable. Il pourrait être utilisé avec n’importe quel élément de l’histoire pour lequel on ne voit pas d’application ou dont la signification symbolique ne s’harmonise pas avec l’interprétation donnée à la parabole.

 

D’autres avancent qu’il n’est pas nécessaire d’attribuer une signification à ce geste puisque de toute façon, les circonstances de l’histoire obligeaient l’homme à réagir de la sorte. Le récit aurait manqué de cohérence s’il avait laissé le trésor à découvert pendant qu’il retournait chez lui et qu’il songeait à s’en approprier. Il est vrai que cette action était quasi obligatoire pour que l’histoire se tienne mais je ne vois pas en quoi cela éliminerait la possibilité qu’elle puisse contenir une vérité biblique. En fait, il est raisonnable de présumer que plus une parabole est courte, plus grande est la possibilité pour chaque élément du récit de servir de symbole.

 

Si nous voyons dans cet homme le Seigneur Jésus lui-même, alors l’interprétation de la parabole pourrait ressembler à ceci. Jésus est le trésor que nous découvrons par hasard dans le champ. Le champ avait déjà été défini par Jésus comme étant le monde quelques versets plus tôt dans sa propre explication de la parabole de l’ivraie (Matthieu 13.38). Donc après avoir trouvé accidentellement Jésus, nous le cachons à nouveau dans le champ. Puis nous allons vendre tout pour acheter ce champ, pour acheter le monde. Acheter le monde? Qu’est-ce que cela signifie? Vous voyez que cette façon d’expliquer la parabole présente des faiblesses à bien des égards.

 

La valeur de ce qui est perdu

 

Une fois les problèmes exposés, tentons maintenant d’approcher cette parabole de l’autre manière. Oublions pour le moment l’interprétation qui fait de Jésus le trésor. Supposons que le trésor représente l’être humain. Nous sommes ce trésor.

 

Il peut paraître incongru pour certains de comparer les hommes à des trésors. En effet, la doctrine du péché originel semble indiquer tout le contraire. Nous avons appris, tôt dans notre vie chrétienne, que chaque être humain sans exception est malade, corrompu et pécheur. Quelle valeur spirituelle l’homme peut-il avoir, se dit-on, quand tous les aspects de sa personne ont été contaminés par le péché? La dignité de l’homme étant anéantie, il serait logique de penser qu’il a aussi perdu sa valeur … à moins que Dieu lui insuffle sa grâce et le libère de la condamnation du péché.

 

Mais la nature dépravée de l’homme le rend-il vraiment sans valeur aux yeux de Dieu? Pas du tout. Tout dans la Bible déclare le contraire.

 

Dans l’AT, Dieu dit à son peuple, Qui vous touche, touche à la prunelle de mon œil (Zacharie 2.8). La prunelle de l’œil désigne quelque chose d’extrêmement précieux. En dépit de tous ses torts, Israël demeurait un peuple très précieux pour Dieu. Le livre d’Osée exprime le même sentiment. L’amour du prophète pour sa femme infidèle symbolise l’immuable amour de Dieu pour son peuple malgré ses infidélités. ‘Israël est une nation tellement précieuse que je ferai tout pour la guérir de ses maux.’

 

Le Seigneur Jésus a la même perception des pécheurs. Ah si nous pouvions voir le monde comme Jésus le voit! Les trois paraboles en Luc 15 ont précisément pour but de montrer combien chaque être humain, tout perdu qu’il est, est précieux pour Jésus. Il y a la parabole de la brebis perdu, ensuite la parabole de la drachme perdue et finalement la parabole du fils perdu. Ce qui est perdu représente le pécheur qui s’est éloigné de Dieu. Chaque histoire souligne les efforts extraordinaires que Dieu met en œuvre pour ramener à lui les âmes égarées mais combien précieuses! Il fera tout plutôt que de consentir à les perdre.

 

Il était perdu, et il est retrouvé

 

Arrêtons-nous plus spécifiquement sur la parabole de la drachme perdue. Nous constatons ici que Luc a en quelque sorte ‘individualisé’ la parabole, c’est-à-dire qu’il a appliqué à chaque individu le problème du péché. L’être humain, pris individuellement, se compare à cette pièce d’argent qu’une femme a perdue dans la maison. Chaque personne est un être perdu.

 

Prenons maintenant plusieurs pièces de monnaie perdues et regroupons-les ensemble. Qu’obtient-on? Nous aurions entre les mains un … trésor, un trésor perdu.

 

Retournons à la parabole en Matthieu. Le trésor caché peut être également considéré comme un trésor perdu. Nous avons vu que ce trésor a été découvert par un individu qui n’était pas le propriétaire initial. Ce dernier avait peut-être été tué, déporté, ou est mort d’une maladie, ou encore il en avait tout simplement perdu la trace. Il l’a perdu et quelqu’un d’autre la retrouvé. En d’autres termes, cette parabole dans l’évangile de Matthieu pourrait s’appeler ‘la parabole du trésor perdu.’ Elle est en ce sens un reflet de la parabole de la drachme perdue en Luc.

 

La parabole du trésor perdu peint de façon magnifique l’amour de Dieu pour l’humanité perdue. Je le répète à nouveau. Les êtres humains sont précieux aux yeux de Dieu. Même perdus, ils sont pour lui un trésor. En tant que pécheurs, nous faisons partie de ce trésor perdu. Jésus est venu dans le monde justement pour nous trouver, pour trouver un trésor perdu et enseveli dans un champ. Vous savez que le terme ‘enseveli’ est utilisé dans la Bible en association avec l’idée de la mort. Morts et perdus, c’est ce que nous étions avant d’être trouvés par Christ. Nous étions perdus car nous étions morts spirituellement par nos offenses et nos péchés. Nous revenons à la vie lorsque Dieu nous trouve. C’est sur cette toile de fond qu’il faut comprendre la joie du père quand son fils est retourné à la maison. Réjouissons–nous, dit-il dans la parabole du fils prodigue, mon fils que voici était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé (Luc 15.24).

 

Chercher et sauver

 

Dieu s’efforce par tous les moyens de trouver ceux qui sont perdus. ‘Le Royaume des Cieux est semblable à un trésor caché et perdu dans un champ, et qu’un homme vient à trouver.’ Le mot ‘trouver’ ici est plein de sens. En Ézékiel 34, Dieu promet d’être le berger de son peuple qui fera tout pour chercher et trouver les brebis égarées. Il ne les laissera pas se perdre. Il déclare au v. 16, ‘Je chercherai la brebis qui est perdue jusqu’à ce que je la trouve.’ Plus loin, au v. 22, il fait la même promesse : Je sauverai mes brebis, et elles ne seront plus une proie… Chercher une brebis, c’est la sauver d’une ruine certaine. Le but de cette recherche est de la ramener saine et sauve. L’image d’une brebis perdue que Dieu va chercher et sauver se répète dans le NT dans la parabole de la brebis perdue. Exactement de la même façon, un berger parcourt monts et vaux, recherchant une brebis égarée, afin qu’elle ne manque pas à son troupeau.

 

À chaque époque, à chaque génération, Dieu cherche des hommes et des femmes de bien. Plus précisément, il recherche des individus qui accepteront de le servir indéfectiblement en reflétant sa lumière dans le monde pour montrer aux hommes le chemin du salut. Il y a un verset dans l’AT qui reflète à merveille le désir de Dieu à cet égard. Je cherche parmi eux un homme qui élève un mur, qui se tienne à la brèche devant moi en faveur du pays, afin que je ne le détruise pas ; mais je n’en trouve point (Ézékiel 22.30). Dieu cherchait un homme qui aurait encore pu sauver Israël en intercédant et en proclamant la vérité afin d’amener ce peuple endurci à la repentance. Il n’a trouvé personne parmi cette génération. En Samuel 13.14, Dieu était aussi à la recherche d’un homme pour conduire son peuple, et cette fois-ci, il l’a trouvé. Le prophète Samuel annonça à Saül, … l’Éternel s’est cherché un homme selon son cœur, et l’Éternel l’a établi prince sur son peuple… Cet homme était David.

 

Dieu peut-il encore trouver aujourd’hui des hommes selon son cœur? Le Seigneur Jésus dit en Jean 4.23 que les vrais adorateurs de Dieu adorent avec leur cœur, en esprit et en vérité. Et dans ce même verset, nous lisons, Car tels sont les adorateurs que le Père cherche. Dieu le Père recherche comme adorateurs ceux qui, par la foi, se sont détournés du péché et qui sont purifiés par le sang de Christ. En ce moment même, Dieu cherche comme adorateurs ceux qui sont en plein accord avec sa propre nature spirituelle. Ceux-ci formeront un nouveau peuple, un trésor pour Dieu.

 

C’est pourquoi Jésus dit que pour un seul pécheur qui se repent, une grande joie est ressentie parmi les anges du ciel (Luc 15.10). Dieu a envoyé Jésus sur terre pour nous chercher. Il a accepté que le sang de son propre Fils soit répandu afin de nous trouver et de nous sauver. S’il a consenti à faire un tel sacrifice, quelle valeur tout être humain a à ses yeux! On comprend pourquoi le ciel se remplit de joie lorsqu’un pécheur se convertit. Et lorsque plusieurs se repentent, les anges se réjouissent d’avoir trouvé un trésor.

 

Se cacher de Dieu

 

Portons notre attention maintenant sur le mot ‘caché’, un trésor caché dans un champ, caché dans le monde. Dans la Bible, l’idée de ‘cacher’ ou ‘d’être caché’ est souvent associée au péché ou à une conséquence du péché. Il en est question dès les premières pages des Écritures. Quelle fut la réaction d’Adam et de Ève après qu’ils eurent désobéi à Dieu? Ils se sont cachés de l’Éternel parmi les arbres du jardin (Genèse 3.8). En Amos 9.3, Dieu dit de la nation d’Israël qui avait fini par épuiser sa patience, S’ils se cachent au sommet du Carmel, Je les y chercherai et je les saisirai… Malheur à ceux que le Seigneur recherche à cause du mal qu’ils ont fait car il est impossible d’échapper au jugement de Dieu. Quel que soit l’endroit où les pécheurs tentent de fuir loin de la justice de Dieu, celui-ci saura les trouver et les juger.

 

Par ailleurs, lorsque nous cessons de nous cacher et nous reconnaissons nos torts, le salut devient alors possible. En s’approchant de Dieu, nous constatons qu’il se tiendra près de nous. Lisons par exemple Psaume 32.5. Je t’ai fait connaître mon péché, je n’ai pas caché mon iniquité ; J’ai dit: j’avouerai mes transgressions à l’Éternel ! Et tu as effacé la peine de mon péché. Dans un esprit rempli de pénitence, le psalmiste pécheur s’est abandonné entre les mains de Dieu sans chercher à couvrir ses fautes. Cette attitude évoque celle du fils prodigue quand il s’est dit, ‘Je me lèverai. J’irai vers mon père et je lui dirai que j’ai péché’ (Luc 15.18). Et quelle fut la réaction du père à la vue de son fils? Il s’est approché de lui. ‘Ému de compassion, il courut vers son fils et le serra contre lui (Luc 15.20). L’homme pécheur a le bonheur de voir ses péchés pardonnés lorsqu’il se découvre, lorsqu’il en fait une franche confession au Seigneur. Quand le trésor n’est plus dissimulé et qu’il est trouvé, il ne reste plus aucune distance entre l’homme et Dieu. Tout pécheurs que nous sommes, Dieu nous couvre alors de son pardon.

 

Caché en Christ

 

Qu’en est-il de cette partie du récit où l’homme, après avoir trouvé le trésor, le cache de nouveau dans le sol? C’est une importante question. Nous avons vu plus tôt qu’il est très difficile d’en tirer une signification valable si Jésus symbolisait le trésor. Le pécheur qui a trouvé Christ ne saurait le cacher une autre fois. Avons-nous la même situation si Jésus était plutôt représenté par l’homme qui fait la découverte du trésor? Jésus nous trouve et nous dissimule à nouveau. Je crois qu’il y a là un autre geste qui fait allusion à la bienveillance de Dieu à notre égard.

 

Pour quelle raison, pensez-vous, a-t-on caché le trésor la première fois? Pour le mettre à l’abri de ceux qui auraient peut-être songé à s’en emparer, n’est-ce pas? Quant à la deuxième fois, on peut dire avec une certaine assurance que la raison demeure la même – pour le mettre en sûreté. Or cela s’applique justement à ceux que Dieu a trouvés.

 

Je m’explique. Le Seigneur Jésus cache les siens dans le sens qu’il les protège contre la colère du jugement de Dieu. Prenons Luc 13.34 comme exemple. Jérusalem, Jérusalem … combien de fois ai–je voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble sa couvée sous ses ailes, et vous ne l’avez pas voulu ! Pour quelle raison une poule rassemble-t-elle ses poussins sous ses ailes? Pour les garder en sécurité, pour les cacher des animaux prédateurs. Dans ce cas-ci, l’offre de protection a été rejetée.

 

Lorsque nous accueillons Jésus comme Saveur et Messie, celui-ci nous cache en lui en quelque sorte. Il nous prend sous sa protection. L’incorporation de notre vie à celle du Christ nous préserve de la condamnation qui attend l’incroyant au jour du jugement. Notez que ce trésor se trouve toujours dans le champ. Une fois sauvés, nous sommes encore dans le monde. ‘Maintenant, je quitte le monde en vous laissant ici,’ dit le Seigneur Jésus à ses disciples. ‘Vous aurez des tribulations dans le monde mais soyez sans crainte car en moi, vous avez la paix (Jean 16.33).’ Nous sommes cachés dans la personne de Christ, sous sa tendre protection.

 

Nous éprouvons un réel réconfort à penser que malgré les dangers, Jésus est avec nous. Jean 18.8 illustre bien cette assurance dans le contexte d’une préservation corporelle. Quand Judas et la troupe de soldats sont venus arrêter Jésus, celui-ci s’est livré sans résistance. Mais il voulait aussi assurer la sauvegarde de ses disciples. Il les ‘cacha’ sous sa protection en se nommant à ses ennemis et en leur demandant de ne pas toucher à ceux qui l’accompagnaient. Si donc c’est moi que vous cherchez, laissez aller ceux–ci. ‘Vous pouvez m’emmener avec vous mais laisser mes compagnons partir.’ N’est-ce pas là l’attitude d’une poule qui rassemble ses poussins sous ses ailes? ‘Attaquez-vous à moi mais pas à mes poussins.’

 

L’apôtre Paul en est un autre qui parle de la protection dont bénéficie le croyant. Il affirme en Colossiens 3.3, Car vous êtes morts, et votre vie est cachée avec Christ en Dieu. Notre vie est cachée avec le Christ en Dieu. Cette déclaration n’est pas sans analogie avec la parabole du trésor cachée. Elle évoque l’idée d’une chose précieuse – un trésor par exemple – qu’on a cachée et gardée en sécurité. En nous unissant à Christ, nous avons trouvé un refuge. Répétons que le trésor se trouve encore dans le champ. Nous sommes à la fois dans le monde et cachés en Christ. Le chrétien doit encore face à l’agitation du monde.

 

L’AT nous enseigne que Dieu abrite son peuple en sa présence. Ainsi il est écrit en Psaume 31.20, Tu les caches dans le lieu secret de ta face, loin des complots de l’homme. Nous avons notre refuge en l’Éternel contre les machinations des hommes. De fait, ceux qui appartiennent à Dieu sont appelés les ‘fidèles cachés’ en Psaume 83.3. Ils trament avec astuce des complots contre ton peuple, et ils consultent contre tes fidèles cachés (Darby). Dans d’autres traductions, nous avons ‘contre tes protégés’ (Jérusalem) ou encore ‘contre ton trésor’ (TOB). Le Seigneur cache les siens dans son sein comme un homme cacherait un trésor dans un champ, comme une poule cacherait sa couvée sous ses ailes.

 

Il va, il vend, il achète

 

Et de la joie qu’il en a, il s’en va Prenez note du verbe ‘aller’ dans la phrase ‘il s’en va.’ Il s’agit du même mot grec que celui employé par Jésus quand il confia à ses disciples qu’il devait s’en aller du monde, du champ. Petits enfants, c’est pour peu de temps que je suis encore avec vous. Vous me chercherez, et comme je l’ai dit aux Juifs : où je vais, vous ne pouvez venir (Jean 13.33). ‘Je dois m’en aller et retournez chez mon Père. Vous ne pouvez pas me suivre. Vous devez rester dans le monde.’

 

Dans cette déclaration, Jésus annonçait qu’il allait bientôt mourir. Il allait mourir sur la croix puis s’en retourner au ciel. Et que fait-il quand il s’en va? Il s’en va acheter le champ. Et de la joie qu’il en a, il s’en va, et vend tout ce qu’il a, et achète ce champ–là. Le verbe ‘acheter’, en grec, est celui retrouvé en 1Corinthiens 6.20 et 7.23 où Paul écrit, ‘Vous ne vous appartenez pas. Vous avez été achetés à prix.’ Et c’est précisément ce que notre parabole enseigne. Dieu nous a acquis. Il a payé notre rachat au prix du précieux sang de son Fils.

 

L’apôtre Pierre, en mettant en garde les croyants contre les faux docteurs, rejoint les propos de Paul sur ce point. Il écrit en 2Pierre 2.1, Or il y a eu aussi de faux prophètes parmi le peuple … qui enseigneront en … reniant aussi le maître qui les a achetés. Observez bien ceci. Les faux docteurs mentionnés par Pierre ont été rachetés mais ils n’étaient pas sauvés. La Bible fait une distinction entre le rachat et la rédemption. Tous sont rachetés mais tous ne sont pas sauvés. Le salut s’applique seulement à ceux qui reçoivent Jésus comme Seigneur et Sauveur. Jean le dit de façon très explicite en 1Jean 2.2. Il est lui–même une victime expiatoire pour nos péchés, non seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux du monde entier. Jésus est mort non seulement pour les péchés des chrétiens, mais aussi pour ceux du monde entier.

 

Dans la parabole du trésor caché, Jésus est celui qui vendit tout ce qu’il possédait pour acheter un champ. Ainsi par sa mort sur la croix, il a acheté le monde et tous ceux qui y vivent. Mais il n’a pas sauvé le monde entier pour autant, car son œuvre ne sauve effectivement que ceux qui se repentent, qui croient et qui l’acceptent.

 

Nous devons nous rappeler que cette transaction obligea Jésus à tout vendre. Il s’en va, et vend tout ce qu’il a, et achète ce champ–là. Le mot ‘vendre’ signifie qu’il s’est dépouillé lui-même pour se donner en rançon au bénéfice des âmes perdues. Paul l’exprime en ces termes. Car vous connaissez la grâce de notre Seigneur Jésus–Christ, qui pour vous s’est fait pauvre, de riche qu’il était, afin que par sa pauvreté vous fussiez enrichis (2Corinthiens 8.9). Jésus était riche, mais pour nous, il s’est fait pauvre. En effet, il a délaissé tout ce qu’il avait! Par son dépouillement, renonçant à toutes les gloires célestes, nous avons été enrichis pour l’éternité.

 

Donc Jésus a tout vendu pour nous acquérir. ‘Vous avez été achetés à grand prix,’ nous dit-il. ‘Vous ne vous appartenez plus.’ Nous appartenons désormais au Seigneur par droit de rédemption. La parole de Dieu précise que nous sommes sa ‘possession particulière,’ une possession qui se compare à un précieux trésor. Cette notion s’applique aux Israélites fidèles dans l’AT alors qu’elle se rapporte à l’église dans le NT. Ainsi en Exode 19.5, il est écrit, Et maintenant, si vous écoutez mes paroles et si vous respectez mon alliance avec vous, vous serez pour moi comme un trésor parmi tous les peuples. Pierre fait la même affirmation concernant notre appartenance. Vous êtes … une nation sainte, un peuple que Dieu s’est acquis (1Pierre 2.9) Parmi tous les peuples de la terre, nous sommes son plus précieux joyau.

 

Quelques objections

 

La parabole du trésor caché illustre le sacrifice qu’a fait Jésus pour nous sauver. Toute difficulté qu’on voudrait soulever contre cette interprétation s’appliquera automatiquement à celle des trois paraboles en Luc 15, soit les paraboles de la brebis perdue, de la drachme perdue et du fils perdu.

 

Par exemple, certains pourraient dire que l’homme dans la parabole ne peut pas être Jésus puisque rien dans l’histoire ne laisse penser qu’il cherchait délibérément un trésor. En fait, tout porte à croire qu’il l’avait trouvé par hasard. Or la Bible ne dit-elle pas que Dieu cherche sans relâche les égarés de ce monde? Comment Jésus peut-il alors être comparé à cet homme si le récit ne fait même pas allusion à cette intention divine? Voyez-vous, cette observation est exacte, mais il n’en est pas de même de la conclusion. Posons-nous la même question sur le père dans la parabole du fils prodigue. Voit-on le père rechercher activement le fils qui l’avait quitté? Non. Il n’y a rien dans le récit donné par Jésus pour faire une telle supposition. Le père reste à la maison; c’est le fils qui retourne chez son père afin de se repentir. Et pourtant, tout le monde est d’accord pour dire que le père symbolise Dieu qui reçoit et sauve le pécheur repentant.

 

Il est important de comprendre que chaque parabole ne met en relief que certains points. Une parabole ne peut pas enseigner tous les aspects du royaume. Ainsi la parabole du fils prodigue ne parle pas des efforts que fait Dieu pour ramener à lui les pécheurs. Elle souligne plutôt la nécessité de la repentance et la présente comme une condition essentielle pour être trouvé par Dieu. La parabole du trésor perdu, de son côté, montre une facette différente du salut, à savoir que l’acquisition du trésor a coûté un immense sacrifice. Dieu a payé notre rachat au prix du sacrifice de son Fils.

 

Voici une autre objection. On ne peut pas comparer Jésus à l’homme qui découvre le trésor car si c’était le cas il faudrait conclure que le Seigneur ne sait pas où sont les pécheurs. Encore une fois, cette question pourrait être soulevée dans le contexte des paraboles en Luc 15. On pourrait dire par exemple que si Jésus est décrit sous les traits du berger qui cherche sa brebis, il y aurait lieu de penser que Dieu ne sait pas où se trouvent les âmes perdues. Qui a besoin de rechercher ce qui n’est pas perdu? Mais ce genre de raisonnement ne tient pas la route. Car l’accent n’est pas mis sur la recherche du trésor caché, mais plutôt sur la découverte de celui-ci. La notion d’un trésor caché ou perdu indique que Dieu attend une réponse de notre part et non pas qu’il ne sait pas où nous trouver.

 

En conclusion, il est préférable de voir dans cette parabole une leçon sur l’œuvre du Christ qui a donné sa vie en rançon pour nous. Il est celui qui trouve le trésor, va jusqu’à la croix et renonce à tout ce qu’il a pour acheter le monde dans lequel le trésor est dissimulé.