LA PARABOLE DU BON SAMARITAIN
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Luc 10.25-37

 

Yves I-Bing Cheng, M.D., M.A.

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La parabole du bon Samaritain n’a pas besoin d’introduction. Tous la connaissent, même les non-chrétiens. En fait, le terme ‘bon Samaritain’ fait partie intégrante autant de notre culture occidentale que de notre vocabulaire. Nous avons une loi appelée ‘la loi du bon Samaritain.’ Nous avons des hôpitaux qui portent ce nom. Il y a également des organismes de charité qui ont choisi de faire de même.

 

Cette leçon portera davantage sur le contexte de la parabole que sur le récit comme tel. Lisons Luc 10.25-37.

 

Luc 10.25. Un docteur de la loi se leva, et dit à Jésus, pour l’éprouver : Maître, que dois–je faire pour hériter la vie éternelle ?

26 Jésus lui dit : Qu’est–il écrit dans la loi ? Qu’y lis–tu ?

27 Il répondit : Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force, et de toute ta pensée ; et ton prochain comme toi–même.

28 Tu as bien répondu, lui dit Jésus ; fais cela, et tu vivras.

29 Mais lui, voulant se justifier, dit à Jésus : Et qui est mon prochain ?

30 Jésus reprit la parole, et dit: Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho. Il tomba au milieu des brigands, qui le dépouillèrent, le chargèrent de coups, et s’en allèrent, le laissant à demi mort.

31 Un sacrificateur, qui par hasard descendait par le même chemin, ayant vu cet homme, passa outre.

32 Un Lévite, qui arriva aussi dans ce lieu, l’ayant vu, passa outre.

33 Mais un Samaritain, qui voyageait, étant venu là, fut ému de compassion lorsqu’il le vit.

34 Il s’approcha, et banda ses plaies, en y versant de l’huile et du vin ; puis il le mit sur sa propre monture, le conduisit à une hôtellerie, et prit soin de lui.

35 Le lendemain, il tira deux deniers, les donna à l’hôte, et dit : Aie soin de lui, et ce que tu dépenseras de plus, je te le rendrai à mon retour.

36 Lequel de ces trois te semble avoir été le prochain de celui qui était tombé au milieu des brigands ?

37 C’est celui qui a exercé la miséricorde envers lui, répondit le docteur de la loi. Et Jésus lui dit : Va, et toi, fais de même.

Une parabole sur la vie éternelle

Il est important de mentionner comme point de départ que la parabole du bon Samaritain n’est pas simplement une exhortation à se montrer bienveillant à l’égard de son prochain. L’importance de cette parabole réside dans le fait qu’elle porte sur la vie éternelle, un sujet central du christianisme. Cette remarque est nécessaire car on a tendance à l’enseigner strictement du point de vue éthique, i.e. à la présenter comme une leçon sur l’obligation morale d’aider quelqu’un en difficulté. Or ce n’était pas le but premier de Jésus en racontant cette histoire. La parabole du bon Samaritain apparaît dans le contexte d’une question concernant la vie éternelle. Un légiste demanda à Jésus ce qu’il devait faire pour avoir droit à la vie éternelle, ce qui orienta l’entretien vers la grande loi de l’amour et secondairement, vers la parabole. Nous verrons plus tard que même la dernière phrase de Jésus dans cette section, Va, et toi, fais de même (v. 37), renvoie le dialogue à la question initiale du légiste sur la vie éternelle.

 

Regardons de près cette question. Maître, que dois–je faire pour hériter la vie éternelle (v. 25)? On sent tout de suite que cette question a été posée par un individu ayant passé beaucoup de temps dans l’étude de la parole de Dieu. Sur le plan théologique, elle est très bien formulée. Voyez-vous, ce docteur de la loi n’a pas demandé, ‘Que dois-je faire pour mériter la vie éternelle?’ Sa question est plutôt, ‘Comment puis-je hériter la vie éternelle?’ Or pour hériter de la vie éternelle, pour hériter quoi que ce soi, vous devez être le fils de quelqu’un. On pourrait exprimer sa question de cette autre manière. ‘Que faut-il que je fasse pour devenir un fils de Dieu et être ainsi un héritier de la vie éternelle?’ Il ne faudrait pas penser que le légiste considérait la vie éternelle comme une récompense qu’il pouvait mériter. Il voulait connaître ce qui était requis pour hériter cette vie divine. ‘Que dois-je faire pour me mettre dans une position qui me permettra de recevoir de Dieu la vie éternelle?’ ‘Comment puis-je être un fils de Dieu afin d’avoir droit, en tant qu’héritier, à la vie éternelle?’ Voilà ce qu’il voulait savoir.

 Au lieu de répondre directement, Jésus réagit en lui posant une question. ‘Tu es un spécialiste de loi. Selon toi, que dit la loi? Quelle lecture en fais-tu?’ Le légiste cite alors Deutéronome 6.5 et Lévitique 19.18. Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force, et de toute ta pensée ; et ton prochain comme toi–même. Il a compris que l’essence de la loi pouvait se résumer par les deux grands commandements concernant l’amour de Dieu et l’amour de son prochain. Sa réponse est parfaite. ‘C’est la bonne réponse,’ lui dit Jésus. ‘Fais cela et tu vivras. Tu hériteras la vie éternelle.’

Accomplir la loi

La réponse de Jésus nous surprend puisqu’elle semble lier le salut à l’observance de la loi. On se serait attendu à ce que Jésus dise, ‘Crois en Moi et tu vivras.’ Je pense que la plupart des chrétiens auraient donné cette réponse. Et pourtant, rien dans ce passage n’y fait allusion. Les paroles de Jésus sont sans équivoques. ‘Va et fais ce que la loi exige.’ ‘Observe la loi et tu hériteras de la vie éternelle.’ Cette insistance sur la nécessité d’accomplir la loi de Dieu doit être soulignée même si cela peut nous rendre quelque peu perplexes. Mentionnons en outre que la même notion est reprise au dernier verset de la parabole. ‘Celui qui s’est montré le prochain de l’homme blessé,’ reconnaît le légiste, ‘c’est celui qui a fait preuve de bonté envers lui.’ Alors Jésus l’exhorta à ‘faire de même.’ Va, et toi, fais de même. ‘Faire la loi,’ ‘faire preuve de bonté,’ ‘faire de même,’ vous voyez que du début à la fin, cette parabole nous invite à passer à l’action. Il ne suffit pas de savoir comment hériter la vie éternelle. Il faut encore mettre ce savoir en pratique.

Précisons que les derniers mots de Jésus dans ce passage – Va, et toi, fais de même ne font pas la récapitulation de la parabole. Ils ont plutôt comme fonction de ramener la conversation au point de départ, i.e., à la question qui est à l’origine de cet entretien (Que dois–je faire pour hériter la vie éternelle). ‘Si tu veux hériter la vie éternelle, fais ce que le Samaritain a accompli. Il a observé la loi. Fais la même chose que lui.’ C’est pourquoi nous avons dit que le but premier de la parabole n’est pas d’enseigner une leçon de morale. Il est préférable de la considérer comme une illustration expliquant l’amour du prochain et dont la pratique est liée au salut.

Ainsi le Seigneur Jésus répond à la question sur la vie éternelle en attirant l’attention de son interlocuteur sur la loi et la nécessité d’y obéir. Ceci étant dit, il faut se rappeler que Jésus, ailleurs dans son enseignement, lie la vie éternelle au fait de ‘croire en Lui.’ Par exemple, Il affirme en Jean 11.26, Et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. En d’autres termes, celui qui croit en Christ aura la vie éternelle – il ne mourra jamais.

Croire et faire

Il semble que deux réponses distinctes se présentent maintenant à nous pour la même question. D’une part, nous devons croire en Dieu (Jean 11.26); d’autre part, il est nécessaire de pratiquer les commandements de la loi (Luc 10.28). Comment la première réponse s’accorde-t-elle avec la deuxième réponse? Nous avons tendance à nous souvenir davantage de celle concernant la foi, ‘Crois en Moi et tu ne mourras jamais.’ L’autre réponse, celle associée à l’observance de la loi, est souvent passée sous silence. Et pourtant, elles font partie d’un même tout. Chacune d’elles a leur importance sur la question du salut.

Si tel est le cas, quelle est alors la relation de l’une par rapport à l’autre? De quelle manière la phrase ‘Crois en Moi’ est-elle compatible avec celle qui dit, ‘Va et fait ce que la loi exige. Aime Dieu de tout ton être’?

Pour nous aider à approfondir cette question, j’aimerais la reformuler selon un autre point de vue. Ainsi, si nous affirmons que ces deux réponses sont exactes et qu’elles concernent le même sujet, pourrait-on alors traiter la parabole du bon Samaritain comme une définition des mots, ‘Crois en Moi’? Pourrait-on dire que cette histoire est en fait un enseignement sur la foi?

Voyez-vous, le Seigneur Jésus dit essentiellement ceci au docteur de la loi. ‘Si tu tiens vraiment à la vie éternelle, va et aime Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée et de toutes tes forces.’ Cet amour doit être entier, engageant toute la puissance de l’être. Notez l’utilisation répétitive du mot ‘tout’. Tout ton cœur, toute ton âme, toute ta pensée, toute ta force. De toute évidence, cette réponse appelle le disciple à se dévouer entièrement au Seigneur et à lui être constamment fidèle. Dans le contexte de Jean 11, cette attitude porte le nom de ‘foi’ – ‘Quiconque croit en Moi, quiconque vit dans cette foi sincère en Moi, ne mourra jamais. Il aura la vie éternelle.’

Aimer son prochain

Ajoutons que le commandement de l’amour de Dieu ne peut être dissocié de celui concernant l’amour du prochain. L’obéissance au premier commandement se répercute forcément sur nos relations avec les hommes. Nous devons les aimer tout comme nous aimons Dieu. Dans la Bible, ces deux commandements vont obligatoirement de pair. Celui qui aime Dieu le manifeste en servant son prochain.

Or dans l’esprit de Paul, quiconque agit avec amour accomplit par le fait même les exigences de la loi. Il écrit en Romains 13.10, L’amour ne fait point de mal au prochain : l’amour est donc l’accomplissement de la loi. La loi se résume tout entière dans le grand commandement d’aimer. Et c’est exactement ce que la parabole du bon Samaritain enseigne. ‘Fais ce qui est écrit dans la loi, aime, et tu vivras.’ Ainsi, ‘accomplir la loi’ signifie ‘aimer’, aimer Dieu de tout son être et aimer son prochain comme soi-même. Mais voyez-vous, pour aimer ainsi, il faut avoir la foi. Il faut croire en Jésus. Lorsque par la foi vous incorporez la loi morale à votre vie et vous l’exprimez par l’amour, vous recevrez en héritage la vie éternelle. Car en agissant de la sorte, vous montrez que vous êtes un enfant de Dieu.

Il est naturellement plus facile de dire ‘J’aime Dieu’ que de dire ‘J’aime mon prochain.’ Après tout, Dieu est celui qui nous comble de bénédictions. Il est écrit en Éphésiens 1.3 que Dieu déverse sur nous toutes les bénédictions contenues dans le royaume des cieux. Comment peut-on ne pas aimer un Dieu si généreux à notre égard? On ne peut pas dire la même chose des êtres humains. Nous savons par expérience qu’il n’est pas toujours aisé d’aimer les hommes, surtout si ceux-ci commencent à nous marcher sur les pieds. Cette réflexion a sans doute effleuré l’esprit du spécialiste de la loi. Celui-ci pose alors une question concernant l’amour du prochain. Il n’a pas de problème avec l’idée d’aimer Dieu. Mais il en voit un avec celle d’aimer tous les hommes, particulièrement ceux qui lui causent du trouble.

L’exemple du Samaritain

Qui est mon prochain, demande-t-il alors.

À cette nouvelle question, Jésus répond par une parabole. Il raconte l’histoire tragique d’un homme qui avait emprunté le chemin de Jérusalem à Jéricho. Cette route était raide, rocailleuse et surtout dangereuse. Tout le monde savait que les voyageurs se faisaient souvent attaquer le long du chemin. C’est ce qui arriva à ce pauvre homme. Il tomba entre les mains de quelques malfaiteurs et fut laissé presque mourant de ses blessures sur la route.

Peu après le crime, un prêtre passa à côté du corps inerte. L’homme était ‘à demi mort’ lit-on dans le texte. Devant quelqu’un présentant un tel état, le prêtre ne pouvait pas vraiment savoir s’il était encore en vie ou non sans toucher au corps. Le risque de souillure était donc très grand. En effet, selon la loi, l’attouchement d’un mort rend légalement impur. Si l’homme était réellement décédé, cela aurait empêché le prêtre d’accomplir ses tâches religieuses cette journée-là (Lévitique 21.1-3). En outre, il y avait un risque significatif d’être attaqués à son tour s’ils s’attardaient auprès du blessé. Ne voulant prendre aucune chance, il décida alors d’ignorer l’homme et continua sa route en passant de l’autre côté.

Par la suite, un lévite arriva au même endroit. Et lui aussi, voyant l’homme gisant, refusa de lui porter secours. Peut-être avait-il les mêmes craintes que le sacrificateur. Il passa lui aussi de l’autre côté de la route et s’éloigna rapidement.

Ensuite un troisième voyageur remarqua l’homme blessé. C’était un Samaritain. Or les Juifs méprisaient les Samaritains. Personne dans l’auditoire juif n’aurait pu penser qu’un Samaritain puisse être le héros de cette histoire. Si quelqu’un avait pu avoir une excuse pour ne pas aider le blessé, c’était bien le Samaritain! Pourtant, contrairement au sacrificateur et au lévite, cet ennemi héréditaire des Juifs fut touché de compassion. Et sa compassion le conduisit à des actions très concrètes. Il s’occupa du malheureux en lui prodiguant les soins d’urgence, en le transportant dans une hôtellerie et en pourvoyant à ses dépenses. Il fit tout cela sans rien attendre en retour.

Le scribe avait posé une question. Qui est mon prochain? Et comme la première fois, Jésus lui retourne la question par une autre question. Notez bien le changement de direction qu’il impose maintenant au dialogue. Au lieu de répondre directement à la question, Qui est mon prochain, Jésus lui demande, ‘Qui s’est comporté comme le prochain de l’autre?’ Lequel de ces trois te semble avoir été le prochain de celui qui était tombé entre les mains des voleurs? Du mode passif, Jésus passe au mode actif. Le scribe voulait une définition du mot ‘prochain’. La question de Jésus présuppose que tous les hommes sont nos prochains, en particulier ceux qui sont dans le besoin. Mais elle va plus loin. Elle montre clairement qu’une personne se conduit comme le prochain de l’autre par l’exercice de la miséricorde à son égard. En d’autres mots, Jésus omet délibérément de fournir des renseignements quant à celui qu’on devrait aider. Il laisse entendre cependant que le Samaritain est l’exemple d’un homme qui a fait ce que la loi commande, i.e., dont les actions sont en harmonie avec l’héritage de la vie éternelle. Vous voyez que cette intervention nous renvoie à la question initiale du légiste. ‘Tu m’as demandé ce que tu devais faire pour hériter la vie éternelle. Et bien, je viens de te donner la réponse. Fais la même chose que le Samaritain. Il a observé la loi. Il a aimé son prochain comme lui-même. Fais de même et tu vivras. Fais comme lui et tu hériteras la vie éternelle.’

En aimant, on obéit donc à la loi. Je vous rappelle les mots de Paul : L’amour donc est la somme de la loi. Mais qui peut aimer ainsi? En toute franchise, personne. Il n’est pas possible pour l’homme naturel d’aimer de la sorte. Sans la foi, il ne peut exister d’amour véritable. Ce n’est que lorsque nous croyons en Christ et que son amour est déversé dans nos cœurs que nous pouvons commencer à avoir une telle attitude. Voyez-vous, ni la question du scribe ni celle de Jésus ne laissent sous-entendre que nous pouvons mériter la vie éternelle. Elles font allusion, dans les deux cas, à une vie entièrement nouvelle, à la vie de Dieu en nous. J’aimerais élaborer davantage sur ce point crucial en nous penchant maintenant sur l’enseignement de Paul.

Ni circoncision, ni incirconcision

Selon la lettre de Paul aux Galates, comment sommes-nous sauvés? Comment pouvons-nous hériter la vie éternelle? L’apôtre Paul écrit en Galates 5.6, Car, dans le Christ Jésus, ni circoncision, ni incirconcision, n’ont de valeur, mais la foi opérante par l’amour. Ni la circoncision ni l’incirconcision n’ont de valeur. Pour obtenir le salut, il importe peu que l’homme soit circoncis ou non. La circoncision représente ici le légalisme, l’observation des rituels. L’incirconcision représente la profession de foi en Christ sans signe extérieur. Alors qu’est-ce qui assure le salut? Les œuvres (la circoncision)? Non. La foi sans les œuvres (l’incirconcision)? Non. La seule chose qui compte, c’est d’avoir la foi qui agit par l’amour.

Si vous êtes en Christ Jésus, il n’est plus question de circoncision. Il n’est plus question d’incirconcision non plus. Ni circoncision ni incirconcision, mais la foi qui est agissante par l’amour. Seule est valable la foi qui arrive à une expression effective dans l’amour. Il est vrai que nous sommes sauvés uniquement par la foi en Christ, et non par les œuvres. Beaucoup de gens cependant déclarent croire en Christ sans que cela ne signifie quoi que ce soit parce qu’ils n’ont rien pour le montrer. Le fait d’accepter l’existence de Dieu ne mène pas au salut. La vraie foi doit se traduire par des actes inspirés par l’amour, autrement elle est fausse. ‘Tu connais la loi,’ Jésus dit au docteur de la loi. ‘Si tu crois vraiment, tu la pratiqueras.’

Paul s’explique davantage en Galates 6.15. Il exprime la même vérité en utilisant presque mot à mot la même phrase à l’exception d’un changement important à la toute fin. Il écrit ceci.

Galates 5.6. Car, dans le Christ Jésus, ni circoncision, ni incirconcision, n’ont de valeur, mais la foi opérante par l’amour.

Galates 6.15. Car ni la circoncision, ni l’incirconcision ne sont rien, mais une nouvelle création.

Celui qui présente une foi authentique, une foi qui se traduit par des actes empreints d’amour, reçoit de Dieu un nouvel esprit. Dieu fait pénétrer chez cet individu son propre Esprit, ce qui provoque une recréation spirituelle. Il devient ce que ce verset appelle ‘une nouvelle création.’ Que l’on soit circoncis ou non, cela ne joue plus aucun rôle en matière de salut. Le salut consiste à naître de nouveau, à devenir une nouvelle créature, ce que Paul associe à la ‘foi opérante par l’amour.’ Voilà ce qui compte vraiment.

La nécessité de l’amour

Qu’est-ce qui permet à Paul de dire tout cela? Encore une fois, laissons-lui le soin de s’expliquer à ce sujet. Lisons un passage avec lequel vous êtes probablement tous très familiers. 1Corinthiens 13.1-3. Nous avons vu que l’amour rend notre foi agissante. Paul enseigne ici que l’amour est la pierre de touche de tout service pour Dieu.

1Corinthiens 13.1. Si je parle dans les langues des hommes et des anges, mais que je n’aie pas l’amour (ce qui est le point central de la parabole du bon Samaritain – aimer Dieu et aimer son prochain), je suis comme un airain qui résonne ou comme une cymbale retentissante.

2 Et si j’ai la prophétie, et que je connaisse tous les mystères et toute connaissance, et que j’aie toute la foi de manière à transporter des montagnes, mais que je n’aie pas l’amour, je ne suis rien.

‘Quand bien même que j’aurais toute la foi, si je n’ai pas l’amour, je ne suis rien.’ Paul parle ici du don de foi, un don spécial de l’Esprit Saint qui peut déplacer des montagnes et accomplir de grands miracles pour Dieu. Bien qu’elle ne soit pas absolument différente de l’autre, Paul désire nous montrer que sans l’amour, cette foi ne vaut rien. Elle n’apportera aucun crédit au jour du jugement. Une foi authentique est inséparable de l’amour pour Dieu et les hommes. Si je n’ai pas l’amour, je suis encore perdu. Souvenez-vous de la lettre aux Galates. La foi qui agit par l’amour, c’est ce qui compte. La même vérité s’applique aux œuvres philanthropiques et au sacrifice de soi.

3 Et quand je distribuerais en aliments tous mes biens, et que je livrerais mon corps afin que je fusse brûlé, mais que je n’aie pas l’amour, cela ne me profite de rien.

Quand même que je donnerais tout ce que je possède aux pauvres, quand même que je sacrifierais mon corps pour la défense du christianisme, sans l’amour, ces actes n’ont aucune estime aux yeux de Dieu. Toutes ces choses sont excellentes mais elles n’ont aucune valeur pour le royaume si elles ne sont pas réalisées par amour pour Dieu et pour les hommes.

Il est donc possible, selon Paul, pour une personne de faire des sacrifices spectaculaires sans avoir le feu de l’amour dans son cœur. Le motif de tels sacrifices était peut-être la poursuite d’un idéal, la recherche de l’acceptation, le désir d’être loué ou tout simplement l’orgueil. De la même manière, on peut trouver chez certains une foi très forte mais sans amour. Ils possèdent une foi qui les rend capables de transporter des montagnes et pourtant, ils manquent l’essentiel : l’amour. Mais l’inverse n’est pas vrai. Vous ne pouvez pas faire preuve d’un véritable amour sans la foi, sans la foi qui sauve. Là où l’amour se manifeste, la foi en Christ s’y trouve également. Dit autrement, l’amour implique la foi. Mais la foi n’implique pas obligatoirement l’amour.

L’amour tel que démontré par le Samaritain, l’amour agape, ne nous est pas naturel. Il s’agit d’une œuvre du Saint Esprit. C’est en effet au moyen de son Esprit que Dieu verse son amour dans nos cœurs. Paul décrit en Romains 5.5 une effusion de l’amour de Dieu dans l’homme régénéré. Il écrit, l’amour de Dieu est versé dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné. S’échappant du cœur de Dieu pour se répandre dans le nôtre, l’amour divin crée en nous la capacité d’aimer les autres, d’aimer même nos ennemis.

Quiconque aime est né de Dieu

Que devons-nous comprendre de toute cette discussion? Nous aboutissons à cette conclusion : celui qui aime est une nouvelle création, celle dont parle Paul en Galates 6.15. ‘Ni la circoncision, ni l’incirconcision, mais une nouvelle création.’ Sans un changement radical d’esprit et de cœur, il n’est pas possible d’aimer. Je vous rappelle que nous parlons ici de l’amour agape, celui qui amène le disciple à subordonner toutes choses au bien de l’être aimé. Cet amour découle de Dieu qui est lui-même amour. C’est là l’une des plus grandes vérités que nous révèle la première lettre de Jean. … Car l’amour est de Dieu, et quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu. Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour (1Jean 4.7-8). Tout amour véritable a sa source en Dieu. Si nous ne sommes pas nés de Dieu, si nous sommes encore dans notre état naturel, nous ne pouvons pas aimer. Mais si nous sommes nés de Dieu, si nous sommes nés de nouveau, nous avons la capacité d’aimer avec l’amour divin. C’est pourquoi, pour Paul, être circoncis ou ne pas l’être n’a aucune importance. Ce qui importe, c’est d’être une nouvelle création. C’est d’avoir la nouvelle nature que Dieu crée en nous. Cet homme nouveau peut véritablement aimer car Dieu accomplit en lui son œuvre de grâce. Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, en nous son amour est accompli (1 Jean 4.12).

 

Retournons à la première question du docteur de la loi dans la parabole du bon Samaritain. Comment puis-je avoir en héritage la vie éternelle? Il y a deux composantes à la réponse. Premièrement, il faut croire en Jésus Christ. Deuxièmement, il faut obéir au grand commandement de l’amour. Ce n’est pas l’un ou l’autre car l’un ne va pas sans l’autre. Les deux éléments doivent être respectés. Celui qui croit est né de nouveau. Celui qui est né de Dieu sait aimer et gardera ses commandements. À cet égard, il y a un lien intéressant entre les écrits de Jean et notre parabole. Lisons 1Jean 5.1-4.

 

1Jean 5.1. Quiconque croit que Jésus est le Christ est enfant de Dieu (la foi en Christ fait de nous un enfant de Dieu – la notion d’héritage prend ici tout son sens); et quiconque aime un père aime aussi les enfants de celui–ci. (Par quoi se caractérise un enfant de Dieu?)

2 Voici à quoi nous reconnaissons que nous aimons les enfants de Dieu : c’est en aimant Dieu et en mettant ses commandements en pratique. (Je montre que je suis un enfant de Dieu en aimant Dieu et en pratiquant ses commandements).

3 En effet, aimer Dieu implique que nous obéissions à ses commandements. Et ses commandements ne sont pas pénibles,

4 car tout enfant de Dieu est vainqueur du monde. Et le moyen de remporter la victoire sur le monde, c’est notre foi.

Notez comment la dernière phrase met en relief l’expression ‘notre foi.’ Encore une fois, nous observons que la foi est associée à l’amour. Étant nés de Dieu, nous aimons. Et parce que nous aimons, nous obéissons à ses commandements. Or le moyen par lequel tout cela se produit, c’est notre foi en Christ. Vous pouvez maintenant constater que dans la parabole du bon Samaritain, la question de la foi est implicite. Il s’agit d’une foi opérante par l’amour, disposée à aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa force et de toute sa pensée.

Tel est ainsi le vrai rapport de la foi et l’amour. La foi est le germe de la vie divine dans l’être humain. Elle s’approprie Christ et son œuvre de rédemption. Elle permet au croyant d’avoir accès à l’amour de Dieu. Cet amour, pouvant dès lors se répandre dans le cœur du fidèle, devient la source de son amour pour Dieu et pour les autres (Romains 5.5). Or cet amour, c’est l’accomplissement de la loi. C’est l’obéissance à la volonté de Dieu. En d’autres mots, ce sont les bonnes œuvres. Il est vrai qu’il y a une foi qui ne produit rien de pareil (Jacques 2.14-17). Cette foi est morte. Il est vrai encore qu’il y a une foi produisant des œuvres spectaculaires mais qui, par manque d’amour, ne mène pas au salut (1Corinthiens 13.2). Le croyant prouve l’authenticité de sa foi lorsque celle-ci débouche sur l’amour. Dit autrement, une foi véritable se traduit nécessairement par des gestes de compassion. C’est ce que Jésus voulait communiquer en racontant la parabole du bon Samaritain.