LA PARABOLE DU RICHE INSENSÉ
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Luc 12.13-21
Yves
I-Bing Cheng, M.D., M.A.
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La vie d’un être humain n’est
pas fondée dans la possession de biens matériels. Cette simple vérité, Jésus
l’enseigne très clairement dans la parabole du riche insensé. Lisons ce
passage. Nous tenterons par la suite d’en déduire les implications
spirituelles. Luc 12.13-21.
Luc 12.13.
Quelqu’un
dit à Jésus, du milieu de la foule : Maître, dis à mon frère de partager
avec moi notre héritage.
14 Jésus lui
répondit : O homme, qui m’a établi pour être votre juge, ou pour faire
vos partages ?
15 Puis il leur
dit : Gardez–vous avec soin de toute avarice ; car la vie d’un
homme ne dépend pas de ses biens, fût–il dans l’abondance.
16 Et il leur dit cette
parabole : Les terres d’un homme riche avaient beaucoup rapporté.
17 Et il raisonnait en
lui–même, disant : Que ferai–je ? car je n’ai pas de place pour
serrer ma récolte.
18 Voici, dit–il, ce
que je ferai: j’abattrai mes greniers, j’en bâtirai de plus grands, j’y
amasserai toute ma récolte et tous mes biens ;
19 et je dirai à mon
âme : Mon âme, tu as beaucoup de biens en réserve pour plusieurs
années ; repose–toi, mange, bois, et réjouis–toi.
20 Mais Dieu lui
dit : Insensé ! cette nuit même ton âme te sera redemandée ;
et ce que tu as préparé, pour qui cela sera–t–il ?
21 Il en est ainsi de
celui qui amasse des trésors pour lui–même, et qui n’est pas riche pour Dieu.
Le danger de l’avarice
Le Seigneur Jésus raconte cette
parabole après avoir été interrompu abruptement par un individu de la foule.
Jésus venait tout juste de terminer ses explications sur l’importance de la
fidélité pour le disciple accablé sous la persécution (Luc 12.1-12) et voici
que cet homme lui demande tout à coup de résoudre un différend à propos d’un
héritage. La loi portant sur les droits de succession est assez bien
détaillée dans l’AT (Deutéronome 21.15-17; Nombres 27.1-11; 36.7-9). Elle ne
couvre cependant pas toutes les situations de la vie de sorte qu’il fallait
parfois faire appel à l’opinion d’un rabbin quand il y avait un désaccord.
Dans ce cas-ci, Jésus était sollicité pour réconcilier deux frères qui
n’arrivaient pas à s’entendre.
Il n’est pas dit si l’homme en
question avait été privé de la part qui lui revenait de droit ou s’il voulait
tout simplement une part plus importante. De toute manière, ces détails n’ont
pas d’importance pour la compréhension de ce passage. Notons toutefois que
cet homme ne demandait pas vraiment à Jésus de jouer le rôle d’un arbitre
impartial. Le contexte semble plutôt indiquer qu’il souhaitait utiliser le
pouvoir moral du Christ pour son propre avantage matériel. Jésus refusa
catégoriquement de donner suite à sa requête. O homme, qui m’a établi pour
être votre juge, ou pour faire vos partages (v. 14)? En d’autres
mots, ‘Ne me chargez pas d’être votre juge ou votre arbitre dans cette
affaire. Je ne jouerai pas ce rôle.’
D’ailleurs le verset suivant confirme notre impression que cet
homme n’était pas mu par le désir désintéressé de la justice. Gardez–vous
avec soin de toute avarice, dit le Seigneur au verset 15. Jésus profite
de cet incident pour faire une mise en garde contre l’un des maux les plus
insidieux du cœur humain : l’avarice. On peut définir l’avarice comme
étant le désir immodéré d’accumuler des possessions matérielles, de posséder
toujours plus que ce que l’on a déjà. La requête de l’homme laissait deviner
ce défaut. Il était cupide. Et c’est dans cet état d’esprit qu’il réclamait
l’intervention de Jésus.
En brandissant un fanion rouge, le Seigneur Jésus s’adresse à
nous également. Cet avertissement est particulièrement pressant pour ceux qui
vivent dans une société prospère où les gens se font continuellement
bombarder par des messages publicitaires exhibant les bénéfices que procure
la richesse matérielle.
L’avarice exprime une philosophie de la vie fondamentalement
faussée en vertu de laquelle seule comptent les possessions matérielles.
Considéré sous l’angle de l’enseignement biblique, il s’agit d’une inversion
de l’ordre divin, une déviation qui fait passer l’homme à côté du but de son
existence. Dieu a créé l’homme afin que celui-ci l’honore et le serve. Or
l’avarice conduit à une situation contraire où la création est honorée et
servie plus que le Créateur. Paul fait état d’un problème similaire en
Romains 1.25 quand il parle de ceux qui ‘adorent et servent ce que Dieu a
créé au lieu du Créateur lui–même.’ La vie d’un homme ne dépend pas de ce
qu’il possède, déclare Jésus dans ce passage, mais d’une relation juste
avec Dieu.
Une conduite
raisonnable?
Pour illustrer son point, le Seigneur raconte alors une parabole.
Cette histoire expose la folie d’un homme dont les pensées étaient
invariablement nourries par des motivations matérielles et charnelles.
Il est donc question d’un fermier dont les affaires allaient
très bien. Cette année-là, la récolte avait été particulièrement abondante.
Tous ses silos sont maintenant pleins à craquer de sorte qu’il ne savait plus
où mettre le reste de ses céréales. Cela le força à réfléchir sur les actions
à prendre pour préserver l’ensemble de sa récolte. Il rejette rapidement l’idée
de construire des greniers additionnels car il aurait fallu qu’il sacrifie
une portion de ses terres, ce qui aurait diminué d’autant sa capacité de
production pour les années subséquentes. Après mûres réflexions, il décide de
démolir complètement ses silos et d’en construire de plus grands. Il montre
par ce choix qu’il n’a pas l’intention d’écouler à rabais son produit sur un
marché vraisemblablement saturé. Il préfère attendre un moment plus propice
où il pourra vendre en tirant un profit raisonnable.
Que
pensez-vous de ce fermier? Peut-on lui reprocher de se préoccuper de ses
avoirs? Cette parabole dépeint un homme qui gère ses biens de façon prudente
et efficace. Avec la sagesse d’un homme d’affaire expérimenté, il réorganise
son système d’entreposage afin de mettre à l’abris non seulement son blé mais
également tous ses autres biens. J’y amasserai toute ma récolte et tous
mes biens (v. 18). Ne pensez-vous pas qu’il ait agit en homme
sensé? N’auriez-vous pas fait de même si vous étiez dans ses souliers?
Voyez-vous, la force de cette parabole réside dans le fait que le
comportement de cet homme semble tout à fait raisonnable.
En outre, on pourrait même penser qu’il est un homme béni de
Dieu. C’était sans doute la conviction des auditeurs. Pour les juifs, la
richesse est un indice de la faveur de Dieu. Après tout, l’agriculteur doit
une grande partie de son succès aux conditions climatiques. Ses habiletés,
aussi grandes soient-elles, ne peuvent compenser une absence de pluie. Toute
sécheresse inhabituelle peut ruiner une récolte. L’agriculture est sans doute
le travail dont la réussite dépend le plus des circonstances météorologiques
et donc de la miséricorde divine. Il n’est donc pas étonnant que la
prospérité d’un fermier soit considérée comme une bénédiction de Dieu et une
conséquence de sa générosité.
Sur le plan moral, on ne peut guère critiquer cet individu non
plus. Il n’est pas dit qu’il vivait dans l’immoralité ou qu’il exploitait ses
ouvriers. Rien ne nous fait penser que sa richesse ait été acquise par la
fraude. Le portrait est vraiment celui d’un homme au passé sans reproche.
Quel est le problème alors?
Cette parabole est intrigante. Elle nous présente quelqu’un à
qui la chance a souri. De riche qu’il était, Dieu le bénit d’une richesse
plus grande encore. Il ferait l’envie de bien des hommes. Et pourtant, ces
circonstances apparemment idéales évoluent soudainement vers la catastrophe.
Malgré une excellente maîtrise de ses affaires, l’attitude de cet homme
révèle un problème fondamental, si fondamental qu’il lui en coûtera la vie.
Centré sur soi
Le premier indice d’un problème apparaît dans son monologue.
Notez la présence prédominante du ‘je’ et du ‘moi’. En trois courts versets, cet
homme utilise le pronom personnel ‘je’ six fois et l’adjectif possessif ‘mon’
ou ‘mes’ à cinq reprises. Mes fruits, mes greniers, mes
biens. J’abattrai, je bâtirai, j’assemblerai. Remarquez à
quel point tout gravite autour de lui. Cette façon de s’exprimer trahit une
pensée pour le moins égocentrique. Trop absorbé par ses intérêts personnels,
il n’a ni estime ni reconnaissance envers la providence de Dieu. Jamais
n’a-t-il songé à utiliser ses surplus pour le bien des hommes. Certes il n’y
a aucun mal à se réjouir de sa richesse. L’erreur est de rapporter tout à
soi-même. La Bible enseigne que Dieu est la source de toute richesse
matérielle et que la richesse implique un devoir de générosité envers ceux
qui sont moins favorisés. Or cet aspect ne semble guère préoccuper notre
riche fermier.
Remarquez une autre chose. Nous lisons au v. 19, Je dirai à
mon âme : Mon âme, tu as beaucoup de biens en réserve pour
plusieurs années… Voilà qui est
curieux. L’abondance de ses biens ne l’empêche pas d’avoir une pensée pour
son âme. Il n’est donc pas entièrement dépourvu d’intérêt à l’égard des
choses immatérielles. Par contre, on peut se poser des questions sur les
moyens qu’il prend pour satisfaire son âme. Repose–toi, mange, bois, et
réjouis–toi.
‘Après tout,’ se dit-il, ‘il serait stupide de travailler si
fort et de ne pas en profiter à la fin. Mon compte de banque est très bien
garni. Je n’ai plus à me soucier de mon futur. Je veux désormais me donner du
repos et jouir de la vie.’ Il a passé sa vie à amasser des richesses pour
lui-même. Il désire maintenant tirer plaisir de tout ce qu’il a acquis. On
peut difficilement lui reprocher de vouloir se retirer dans le confort et la
quiétude.
Si la vie d’un homme dépend de ce qu’il possède, alors la
réaction du fermier est parfaitement sensée et il n’y aurait pas lieu d’en
faire un plat. Le problème d’une telle philosophie tient au fait qu’elle
n’est axée que sur des valeurs temporelles. Elle exclue complètement la
perspective de l’éternité. Or on ne peut pas ignorer cette vision éternelle
de la vie sans en subir de graves conséquences. Cet homme pensait avoir
sécurisé son avenir par l’accumulation d’un trésor matériel. Il n’a pas eu la
moindre pensée pour celui qui est appelé l’Éternel dans les Écritures. Il ne
s’est pas préparé à l’après-retraite non plus. Mal lui en prit. Car le jour
viendra, à la fin de notre existence terrestre, où Dieu exigera un compte à
chacun. Une ruine éternelle attend ceux qui n’auront pas tenu compte de la
volonté de Dieu dans leurs plans alors qu’ils étaient encore en vie.
Un insensé
Dieu condamne ce fermier pour avoir tracé son avenir en ne se
souciant que de ce qui est pour le corps et pour ce temps seulement. Il le
traite d’insensé. Si on le jugeait par les valeurs de ce monde, on pourrait
penser qu’il est un homme avisé. Mais sur le plan spirituel, c’est tout le
contraire. Il est un insensé. Il est coupable de folie spirituelle.
En grec, le mot ‘insensé’, aphron, est constitué de deux
parties : a et phron. La lettre alpha a ici un sens
négatif et signifie ‘sans’. L’autre partie vient du mot phren et
désigne ‘la raison, le jugement ou l’intelligence.’ Un insensé est donc un
homme qui agit de façon téméraire, sans faire appel à la raison ou à son
intelligence. Le riche fermier est un insensé aux yeux de Dieu parce que ses
décisions montraient qu’il manquait d’intelligence spirituelle.
Dans quel sens manquait-il d’intelligence spirituelle? Quelle
erreur a-t-il commise? Lisons un verset dans la deuxième lettre de Paul aux
Corinthiens pour nous aider à mieux comprendre en quoi il a manqué de
jugement.
2Corinthiens 12.6. Si je
voulais me glorifier, je ne serais pas un insensé, car je dirais la
vérité ; mais je m’en abstiens, afin que personne n’ait à mon sujet une
opinion supérieure à ce qu’il voit en moi ou à ce qu’il entend de moi.
Paul écrit à ses lecteurs, ‘Je ne veux pas me vanter. Mais si je
devais le faire, je ne serais pas un insensé – aphron.’ Le mot
‘insensé’ dans ce verset désigne une personne qui a perdu le contact avec la
réalité, avec les faits réels. Lorsque Paul déclare ‘qu’il ne serait pas un
insensé,’ il fait une référence implicite à ses rivaux qui, eux, avaient une
idée faussement exagérée de leur propre personne, tellement exagérée qu’elle
ne correspondait plus à la réalité. ‘Si je voulais me faire gloire,’ affirme
Paul, ‘contrairement à ces individus, je déclarerais les choses telles
qu’elles sont, sans rien ajouter ni altérer. Ma fierté reposerait sur du
vrai, sur des faits véridiques.’
Le fermier de notre parabole dont l’attitude paraissait le
comble du bon sens n’était pas aussi sage que les apparences veulent nous
faire croire. Son erreur? Il avait sans doute le sens des affaires mais il
n’avait définitivement pas le sens des réalités spirituelles. Il a planifié
sa vie sans tenir compte des plans de Dieu. Dans ce sens, il est un insensé.
Il ne s’est pas occupé de ses intérêts éternels. En consacrant ses énergies à
accumuler des richesses, il n’a pris en considération qu’un seul aspect de
l’existence humaine, l’aspect matériel. Tout le côté immatériel, tout le côté
spirituel a été délaissé.
Si la matière constitue la seule réalité de notre univers, si la
vie d’un homme se définit par l’abondance des biens qu’il acquiert, alors il
serait difficile de critiquer la réaction du riche fermier. On ne peut que
lui donner raison. ‘Avec tous tes biens en réserve, ton avenir est assuré.
Gâte-toi maintenant. Donne-toi du bon temps. Mange, bois et profite des
plaisirs de la vie.’ Mais sa conception de la réalité présente une grave
déficience : les richesses matérielles n’existeront pas pour toujours.
Tôt ou tard, elles finiront par disparaître. Appartenant à l’ordre du
périssable, elles ne peuvent pas constituer le but de notre existence.
Si nous pouvions honnêtement faire face au fait que les choses
matérielles, quelles qu’elles soient, ne sont que pour un temps seulement,
alors nous cesserions peut-être d’y investir autant d’effort. Et dans le même
élan, peut-être accepterions-nous d’être pénétrés de l’idée qu’il est plus
profitable de nous attarder sur des choses durables, éternellement durables.
Quelles sont donc ces choses éternelles? Paul écrit en 2Corinthiens 4.18,
‘Les choses que nous pouvons voir, les choses matérielles, sont éphémères.
Par contre les réalités invisibles à l’œil, les choses qui concernent Dieu,
celles-ci sont éternelles.’ Cet homme est un insensé car il a vécu comme si
l’éternité n’existait pas. Toute sa vie durant il ne s’est préoccupé que des
choses visibles et périssables.
Appelé à
rendre des comptes
Les années de bonheur qu’il anticipait se heurtèrent
soudainement à Celui qui a l’autorité de lui retirer la vie. Dieu lui annonce
cette terrible nouvelle : Cette nuit même ton âme te sera redemandée
(v. 20). Autrement dit, il allait bientôt mourir. Alors que l’histoire
tire à sa fin, la folie de ce fermier aux ambitions matérialistes est
adroitement mise en évidence par le contraste entre ses ‘biens en réserve
pour de nombreuses années’ et les quelques minutes qu’il lui reste à vivre.
Il ne s’agit plus de plusieurs années mais de ‘cette nuit’ où il allait
connaître la mort. Et c’est précisément cette folie à laquelle Jésus fit
allusion quand il posa cette question en Matthieu 16.26. Car que
servira–t–il à un homme de gagner le monde entier, s’il perd son âme?
Toutes les richesses de la terre sont sans valeur pour un homme mort. Même
s’il est parvenu à posséder le monde entier, et qu’il perd son âme, il aura
tout perdu. Sa folle poursuite des biens matériels a tellement absorbé son
temps et son énergie qu’il est passé à côté du but essentiel de sa vie.
Ton âme te sera redemandée. Dieu l’appelle à rendre compte
de la gestion de sa vie. L’heure est venue de vérifier le contenu de son
compte de banque céleste. La situation ne semble pas rose pour lui. Ce riche
fermier a réussi à faire de grands amas de biens matériels. Mais il n’a pas
su les utiliser pour se constituer un trésor dans le ciel. Son compte de
banque au ciel était vide parce qu’il n’a pas eu la moindre pensée de faire
du bien avec ses surplus ni de reconnaître la souveraineté de Dieu. Il a omis
d’acquérir les vraies richesses, les richesses qui comptent pour l’éternité.
Cette parabole nous fait savoir qu’il est possible, dans cette
vie, d’employer nos possessions terrestres d’une manière qu’elles produisent
des dividendes éternels. En investissant maintenant nos ressources
matérielles dans le royaume de Dieu, nous accumulons un solide capital pour
l’avenir, pour la vie à venir. À l’inverse, plus nous amassons de biens
matériels égoïstement (comme ce fermier), plus nous devenons pauvres
spirituellement.
Puis le Seigneur Jésus pose cette question ironique, mais
combien tragique. Et ces choses que tu as préparées, à qui seront–elles? Tout
ce que tu as mis dans tes silos, qui va l’avoir? Poser la question, c’est y
répondre. Toutes ces possessions qu’il appelait ‘ses’ biens ne seront plus à
lui. Il ne pourra pas en profiter. Quelle absurdité! N’avons-nous pas la même
réaction en lisant dans la rubrique nécrologique que tel ou tel individu a
laissé derrière lui une grosse somme d’argent? Toute cette fortune, à qui
profitera-t-elle maintenant? Certainement pas au défunt. 1Timothée 6.7 nous
rappelle que les biens matériels ne peuvent être emportés dans l’au-delà. Car
nous n’avons rien apporté dans le monde, et il est évident que nous n’en
pouvons rien emporter. ‘Insensé!’ dit Dieu. ‘Il est vain d’amasser des
richesses ici-bas. Le jour où tu mourras, tu les perdras toutes.’
S’enrichir en
vue de Dieu
Jésus conclue cette parabole avec une application. Il déclare
que le même sort attend ceux qui amassent des trésors pour eux-mêmes au lieu
de chercher à être riches auprès de Dieu. Si vous voulez être riches,
soyez-le de la bonne manière. Soyez riches en Dieu. Et comment devient-on
riche en Dieu? Quelques versets plus loin, Jésus nous révèle comment investir
pour le ciel et pour l’éternité.
Luc 12.33. Vendez ce que vous
avez, et donnez en l’aumône ; faites–vous des bourses qui ne
s’envieillissent point ; et un trésor dans les cieux, qui ne
défaille jamais, d’où le larron n’approche point, et où la teigne ne gâte
rien;
34 Car où est votre trésor, là
sera aussi votre cœur.
‘Amassez-vous un trésor dans les cieux.’ Comment? Donnez votre
argent en aumônes. Distribuez-le à ceux qui sont dans le besoin. Vous serez
riches aux yeux de Dieu. C’est là que ça compte.
En 1Timothée 6.18-19, Paul reprend
l’enseignement du Christ selon lequel partager libéralement ses biens avec
son prochain est une façon d’amasser pour l’avenir des richesses éternelles.
Ainsi, il dit, Recommande–leur
(cf. v. 17, ‘les riches de ce monde’) de faire du bien, d’être riches en
bonnes œuvres, d’avoir de la libéralité, de la générosité, et de s’amasser
ainsi pour l’avenir un trésor placé sur un fondement solide, afin de
saisir la vie véritable. Les riches sont encouragés à partager leurs
ressources matérielles avec les autres. En exerçant ainsi la libéralité et la
générosité, ils s’amassent des trésors dans le ciel pour la vie éternelle.
Ils deviennent riches en Dieu.
Jésus nous laisse devant un
choix : mener une vie gaspillée à
thésauriser des biens terrestres ou encore mener une vie consacrée à la
poursuite des richesses célestes. Chaque battement de cœur nous rapproche un
peu plus de la mort. Celui dont le trésor se trouve sur terre voit sa
richesse lui échapper progressivement. Un jour, il la perdra totalement.
Celui dont le trésor est au ciel s’en approche constamment. Un jour, il
profitera pleinement de ses investissements spirituels.
Cette étrange situation s’explique par
le grand principe biblique enseigné par Jésus en Jean 12.25. Celui
qui aime sa vie la perdra, et celui qui hait sa vie dans ce monde la
conservera pour la vie éternelle. Si vous
croyez que dans la vie seuls importent la nourriture, la richesse et le
plaisir, vous perdrez votre âme. Ce sort attendait notre fermier qui pensait
satisfaire son âme par de la nourriture, de la boisson et de la gaieté. Mais
si vous êtes disposés à haïr votre âme dans le sens de renoncer à vos
aspirations personnelles pour servir les intérêts du royaume, il s’ensuit que
vous la retrouverez pour la vie éternelle.
Il est plus difficile pour un riche
Plusieurs commentateurs bibliques nous
font remarquer que cette parabole ne dénonce pas la richesse mais plutôt
l’utilisation qu’on en fait. Il ne faudrait donc pas conclure de cette
histoire que la richesse matérielle est intrinsèquement mauvaise. Elle le
devient lorsque notre cœur s’y attache au point qu’on l’érige en idole et
qu’elle obscurcit notre vision sur le vrai sens de la vie.
Ceci étant dit, il ne faudrait pas
croire non plus que la richesse est une entité neutre. Bien au contraire, elle
exerce un réel pouvoir d’attraction sur les hommes en éveillant les désirs de
la chair. C’est pourquoi le NT contient tant d’avertissements concernant
spécifiquement le danger que représente l’argent. Dans cette parabole, non
seulement Jésus nous met en garde contre l’avidité ‘sous toutes ses formes,’
mais il nous prévient aussi que la richesse peut se dresser subtilement comme
une barrière qui détourne notre attention des réalités spirituelles. Elle a
en effet la capacité de nous faire voir la vie uniquement en fonction de nos
intérêts personnels.
Les choses de Dieu ne trouvent pas leur
place dans le cœur de celui qui est attaché à l’argent. Jésus explique dans
la parabole du semeur que ‘celui ayant été semé dans les épines, c’est celui
qui entend la parole mais en qui les soucis de ce monde et la séduction
des richesses étouffent cette parole (Matthieu 13.22).’ Notez ceci.
L’attrait des richesses a étouffé la parole. Dans le même ordre d’idée, on
peut dire que les préoccupations matérielles ont étouffé la vie de ce riche
fermier.
Voyez-vous, le riche a d’une certaine
façon un désavantage spirituel. C’est le sens des paroles de Jésus en
Matthieu 19.23-24. En vérité, je vous le dis, il sera difficile à un
riche d’entrer dans le Royaume des Cieux. Oui, je vous le répète, il est plus
facile à un chameau de passer par un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer
dans le Royaume des Cieux. Cela ne signifie pas que le riche, comparé au
pauvre, se trouve dans un plus grand état de péché. Le riche vit dans un environnement
où de nombreux obstacles l’empêchent de se confier dans les vrais richesses
durables. Tellement de choses accaparent son attention et stimulent ses
désirs qu’il est plus difficile pour lui de voir la pertinence de Dieu dans
sa vie.
Par la loi de la gravité, nous savons
que plus une masse est grande, plus elle exerce un pouvoir d’attraction.
C’est ce qui explique pourquoi les grosses planètes peuvent posséder autant
de satellites qui gravitent autour d’elles. De la même façon, plus nos
possessions sont nombreuses – plus grande est la masse totale – plus leur
force d’attraction s’accroît et plus elles nous gardent en orbite autour
d’elles. Il est possible que cette force atteigne un niveau suffisamment
critique pour nous ‘étouffer’, tel un trou noir dont le champ gravitationnel
est si fort qu’aucun corps ne peut en échapper.
Aveuglé par sa bonne fortune et sa
cupidité, le fermier de cette parabole a vécu sa vie sans en prévoir la fin.
Il ne s’est pas préparé pour l’autre vie, celle qui concerne l’éternité. Un
jour, pris par surprise, il découvre qu’il a commis une erreur fatale. Quand
Dieu l’appela, il a dû faire face à la dure réalité (et pourtant si évidente)
que toutes ses richesses terrestres ne lui seront d’aucune utilité pour faire
avancer ses intérêts éternels. Les comptes ayant tous été fermés, aucun
transfert de fond n’était plus possible vers les cieux.
Pour nous qui profitons encore de notre vie
terrestre, il est encore temps d’investir dans les cieux. Ne gaspillons pas
nos ressources matérielles pour la satisfaction de la chair. Utilisons-les
dès maintenant dans l’œuvre du Seigneur et dans la vie de nos prochains, et
nous serons riches pour Dieu. C’est ainsi que nous saisissons ce qui est
vraiment la vie.
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